Dans la formulation d’une critique se terre toujours, tapis dans l’ombre, l’expression d’une frustration. Et l’utopique impartialité, masque derrière lequel nous tentons de cacher nos déceptions, ne parvient pas toujours à dissimuler parfaitement ces rictus défaits, témoin de nos désillusions.
L’œuvre ambitieuse devait pourtant être grandiose. Elle promettait de nous narrer l’épopée antique de la naissance de Rome fondé par Romulus et son frère jumeau Rémus, fils de la vestale Rhéa Silvia et du dieu Mars, dans une fresque dantesque où se mêlerait batailles épiques, trahisons, mort, infamies. Pour guider les troupes de ces armées prestigieuses sur les sentiers poussiéreux menant à la gloire, et rougis par la haine ; des centurions aussi glorieux que
Karl Sanders (
Nile), Nergal (
Behemoth) ou encore Obsidian C. (
Keep Of Kalessin, ex-Satyricon) firent allégeance à l’empereur Maurizio Iacono. Ces protectores du souverain, au sein de sa garde prétorienne composé de Stéphane Barbe et de Jean-François Dagenais aux guitares, de François Mongrain à la basse et de Max Duhamel à la batterie (tous issus de
Kataklysm), mais aussi de Jonathan Leduc (
Blackguard) acceptèrent de livrer cette bataille héroïque.
Imperator, ceux qui sont prêt à mourir te saluent.
Il est aisé de retrouver, et pour cause, l’âme de la musique de
Kataklysm dans cette œuvre, et notamment dans l’usage caractéristique de ces alternances de voix gutturales death avec celles plus écorchés et criardes, spécifiques à l’expression de ces canadiens. On peut aussi entendre, dans cet opus, une parenté, toutes proportions gardés, avec un
Amon Amarth, ou encore, filiation, elle, très lointaine avec un
Nile. La descendance avec ce dernier étant surtout mise en évidence par cette démarche volontaire commune d’élargissement à des horizons plus vaste.
Malheureusement, il est difficile de retrouver la délicieuse intensité des groupes précités. Trop rarement celle de
Kataklysm ou celle des suédois, et, bien évidement jamais celle des américains ne transparait. Ainsi souvent alourdis par des rythmes accablant, nombres de titres de cette œuvre s’enlisent dans les terres, bourbeuses et ternes, d’un ennui saumâtre. Ce Death mélodique épique, agrémenté de la grandiloquence, parfois, vaine, de ces intermèdes où ajout mélodiques solennelles et tragiques, donnent à l’ensemble une inertie certes, très bien scénarisé, mais terriblement monotone pour peu que vous soyez indifférents à la représentation passionné de cette grande toile. Car, en effet, sans la magie émotionnelle de ces terribles instants historiques, souligné, encore une fois, par maints artifices tout à fait opportuns, des actes tels que les nonchalants Cry Havoc, In Her Dar Embrace, Invictus ou encore, par exemple, Surrender The Sun, s’ils servent admirablement la trame du récit, ne sont, dans l’absolu, rien d’autres que de pénibles moments aux lenteurs maladroites. Cette pesante inertie, si elle est tout à fait avisé dans la saga pour illustrer celle de certaines batailles, devient terriblement désespérante pour l’auditeur relativement détaché du concept.
Notre attention est alors décimée, et les légions romaines se meurent sous nos yeux dans une indifférence regrettable. Et ceux d’autant plus que des titres tels que les bons Storm The Gates Of Alesia, The Final War (Battle of Actium) ou encore, par exemple, Legio XIII méritaient amplement de survivre à cette affreuse hécatombe. Mais la guerre à cela d’implacable qu’elle n’épargne rien, ni personne.
Imperator, ceux qui sont morts d’ennui te saluent, mais ne te remercient pas.