Un an seulement après Spite, les ultra-lookés de Marionette sortent Enemies. Basé sur un mélange death-mélo à la suédoise et visual-kei, le premier opus leur a permis d'apporter un vent de fraîcheur sur une scène suédoise qui tendait à tourner en rond. Il leur fallait donc confirmer ce premier essai concluant, exercice à la fois dangereux et intéressant pour déterminer si la formation possède l'étoffe pour faire face à ses compatriotes.
Tous ceux qui ont posé une oreille attentive sur Spite vous le diront: ce qui caractérise l'album réside dans son utilisation décalée de nappes de clavier (créant une ambiance pharaonique du plus bel effet), ses riffs inspirés et ses refrains accrocheurs. De ce trio magique il ne reste que les riffs inspirés sur Enemies.
L'album débute, et clairement l'impact massif s'installe. "The Swine", "Silver Spoon" et "Stench Of The Herd" démarrent cet opus à 300 à l'heure, laissant éclater toute la rage et la fougue du jeune combo. C'est ce qui s'appelle une belle mise en bouche! Car la suite est à l'image de cette première partie: sans temps mort! Les compositions sont toutes plus directes les unes que les autres ("Hatelust", "Anthropomorphism""...),mais semblent oublier ce qui faisait l'originalité de Spite: les ambiances et les refrains accrocheurs. Le clavier est toujours aussi loufoque, mais ne développe plus le côté pharaonique qui a tant plu l'an dernier, préférant se contenter de souligner les riffs tout en y apportant une certaine variation propre à l'instrument ("The Truth"...). Les refrains accrocheurs, quant à eux, sont soit noyés dans la brutalité, soit peu inspirés ou efficaces ("Unman", "Their Knives", "Hatelust"...). Seuls "Creatures" et "Your Hands" s'en tirent avec des refrains mémorables comme Marionette savait les faire sur Spite...
La formation a profité de l'année écoulée pour développer l'impact puissant de sa musique, tout en évoluant vers un son moins sophistiqué, plus brut. Les morceaux s'en ressentent, puisque la désagréable impression d'entendre continuellement le même titre s'empare de l'auditeur. Les treize compositions se suivent, se ressemblent, sans qu'aucune ne parvienne à accrocher l'oreille de l'auditeur. Alors bien sûr, certains titres s'en sortent et sont inspirés (l'instru "The Slaughter", "Your Hands" ou l'excellent "Creatures"), mais trop peu comparés aux hits de Spite...
La production n'arrange en rien cette sensation. Bien qu'au top (Studios Fredman et Tailor Maid Studios, il y a pire!), elle favorise volontairement l'aspect massif en mettant chaque instrument en valeur. Le résultat: une uniformisation du son sur chaque partie de morceau, qui peut lasser à la longue.
Pourtant, les musiciens balancent tout ce qu'ils ont, n'hésitant pas à se démener (formidable batterie sur "The Lie"!). Une paire guitaristique habile, une section rythmique démoniaque, un claviériste fou et un hurleur polyvalent témoignent d'un savoir-faire indéniable. Une belle démonstration de technique de la part de chacun.
Dernier point, l'artwork. A l'image de la musique du combo, il se veut résolument décalé, violent tout en conservant une certaine dose de mystère. Certainement pas le plus bel artwork du moment, il favorise cependant l'immersion dans le concept de ce Enemies...
Enemies est donc plus brutal, plus direct que Spite. Les quelques défauts de ce premier opus ont ici été corrigés (notamment au niveau du chant et de l'écriture), mais d'autres ont fait leur apparition. Les ambiances particulières et les refrains accrocheurs ne sont plus, seule la brutalité a été poussée à son paroxysme.
On ne peut reprocher à Marionette d'évoluer, mais délaisser volontairement ce qui leur a valu le succès est un pari audacieux. Malheureusement, Enemies n'est pas à la hauteur du premier album...
Les fans de brutalité affirmée s'en contenteront, mais il y a fort à parier que les fans de Spite seront déçus...