Les pays scandinaves, et surtout la Norvège, sont depuis longtemps considérés comme la Terre Promise du Black Metal, sous toutes ses formes et déviances. En effet, inutile d'énumérer le nombre incroyable de formations ayant su proposer un black metal personnel et novateur... Mais depuis peu, cette scène damnée se voit concurrencée, ou plutôt secondée (voire même dépassée!) par des groupes venant de contrées tout aussi froides: le Québec. Voici ici la démonstration maudites des talents de nos chers cousins, avec le premier album de
Sui Caedere, intitulé Thrène.
Evidemment signé chez Sepulchral Records (comme d'autres grosses pointures dont
Gris,
Monarque, Utlagr...),
Sui Caedere rend ici un excellent hommage à l'écrivain Emile Nelligan, grand instigateur de la Littérature Québécoise qui passa la plus grande partie de son existence interné dans un hôpital psychiatrique pour dégénéressence mentale, cellule qui deviendra par la suite son tombeau.
Pour retranscrire au mieux les meilleurs écrits de cet auteur, Morphee (Ciel Nordique) s'est entouré de
Monarque (
Monarque, Blackwind, Carrion Wraith...) au chant et de L.E. Efferus (Veneficium) à la basse. Ainsi, l'entité qu'est
Sui Caedere a choisi les sentiers vertigineux d'un black doom torturé, avec un gros penchant pour la mélancolie...
Les neuf compositions de ce Thrène sont autant de poèmes écrits par Nelligan, retranscrits à la perfection par des sonorités tantôt lancinantes, tantôt plus speed, baignant dans des guitares saturées à la limite du grésillement (merci l'héritage
Gris!). Des nappes de clavier viennent agrémenter ce Thrène, le rendant ainsi bien plus riche que sa première écoute ne le laisse supposer.
Les ambiances, voici le coeur même de la Bête. Car
Sui Caedere, par l'intermédiaire de Morphee, maîtrise pleinement son sujet, laissant l'auditeur divaguer dans les songes les plus noirs de l'esprit dérangé de Nelligan. A la fois damnés, torturés et magnifiques, les passages ambiants de Thrène sonnent comme une véritable commémoration, sorte d'épitaphe musical de tout premier ordre. Les vocaux de
Monarque qui reprennent à la perfection les écrits de ce cher Nelligan ne sont pas non plus étrangers à la réussite de ce concept-album, puisque le bonhomme parvient à s'imprégner des textes de l'écrivain, tout en y ajoutant un côté
malsain qui s'inscrit parfaitement dans la continuité de ce premier opus. Il parvient également à se détacher de son chant habituel dans
Monarque grâce à de légers effets renforçant l'ambiance malsaine et torturée des neuf morceaux.
Pour en revenir aux instruments,
Sui Caedere délivre un album inspiré, aux nombreux solis, nappes de clavier et autres passages ambiants, tout cela dans une justesse déconcertante. La variété des morceaux permet également d'éloigner définitivement tout ennui... Une vraie perle!
Alors concrètement, qu'est-ce qu'on peut trouver dans ce Thrène??? Tout d'abord un énorme potentiel en matière de black doom torturé, de longs morceaux à la fois puissants et emplis d'émotions fortes. "Prélude Triste", "Sérénade Triste", "Le Spectre"... Chaque composition parvient à définir musicalement le concept poétique d'Emile Nelligan, comme si ses vers avaient été écrits pour ce Thrène. Grosse surprise donc, surtout pour les fans de black metal Québécois, mélancolique et torturé!
Sui Caedere signe un fantastique hommage au poète et passe outre des difficultés qu'un pareil ouvrage peut renfermer.
Chapeau!