Type O Negative a marqué son temps et surtout les esprits de par l’humour noir et l’image politiquement incorrecte de son leadeur, Peter Steele, un géant de plus de deux mètres d’origine russo-polonaise, romantique et dépressif, aux faux airs de Kurgan dans Highlander avec Christophe « fuckin » Lambert.
L’aventure commence quand il profite du hiatus longue durée de
Carnivore pour former son nouveau groupe, en compagnie de Josh Silver, que l’on pouvait retrouver avec Steele dans Fallout, du batteur Sal Abruscato et du guitariste Kenny Hickey, en 1988. Le combo se nommera Repulsion, puis Subzero, mais change à nouveau de nom après que Peter ait trouvé un nom dans les pages jaunes :
TYPE O NEGATIVE, en référence au groupe sanguin.
Rapidement, le quatuor se charge de réaliser une démo, qu’ils envoient à un jeune label, Road Racer Records. Peu de temps après, la bande de Peter Steele se voit offrir un deal de cinq opus avec le label, qui changera de nom en Roadrunner Records.
En 1991, Type O s’empresse de sortir son tout premier album au titre revendicatif :
Slow, Deep And Hard. Pas besoin d’être bilingue pour comprendre, la carrière du groupe démontrera que ce titre n’est pas anodin et que les mecs de Brooklyn sont des sacrés pervers assoiffés de sexe et d’excès en tout genre. La pochette trompe l’œil, une image brouillée à la signification qui reste pour le moins mystérieuse, elle est censée représenter un acte de pénétration… ou pas. Difficile de distinguer ce contenu visuel pour le moins intriguant de la part de Steele et compagnie.
Ce premier album sera très mal accueilli à l’époque, le groupe est jugé de misogyne et de nazi. Provocateurs dans l’âme, les quatre s’adonnent à une leçon de metal sauce punk façon gothique. Les influences hardcore de
Carnivore sont très vite décelables sur « Unsuccessfully Coping With The Natural Beauty of Infidelity », ouvrant cet opus de la plus belle des manières. Les changements de rythmes sont tantôt doom, tantôt thrash metal, suppléé par une ambiance gothique orchestrée par Silver. Douze minutes d’expérimentations aboutissants à un
refrain désormais culte ("I Know You're Fucking Someone Else"). Ce dernier n’est pas le seul à dépasser les dix minutes, le dérangeant « Prelude to Agony » fait office de démonstration, avec ces expérimentations incessantes et tordues. On apprendra ensuite que tous les textes de cet opus, au-delà de l’humour noir et malsain qui tourne autour, sont tirés des expériences du géant d’acier.
Pour ce
Slow, Deep And Hard, les américains sont toute fois très mystérieux et surtout, très expérimentaux. L’alternance des passages peut rapidement lasser un auditeur non-averti à ce genre de délire qui peut durer des minutes entières. Type O tape là où ça fait mal et malheureusement, sans chercher à comprendre. Les délires punks hardcore propre à la scène new yorkaise, à laquelle Peter Steele a longtemps fait parti, prennent une place importante de ce disque, au milieu des orgues religieuses et charismatiques. L’anecdote veut que ce soit Peter qui ait trouvé le nom du groupe d’Evan Seinfeld,
Biohazard, et c’est d’ailleurs ce même Peter Steele qui a écrit les textes de
Victim in Pain d’Agonstic Front.
Mais attention, ce premier album est subtil, tellement subtil qu’il faut l’écouter plusieurs fois pour le comprendre et comprendre les choix des quatre new yorkais. Du début à la fin, on se retrouve surpris, balloté, ennuyé, puis ré-intéressé aux sons de
Type O Negative. Gravitational Constant démontre un final excitant où l’on sait que l’on a affaire à un géant.