L’année 2009 est riche pour
Wolves in the throne room. La sortie d’un EP et d’un LP laisse rêveur les fans avides de sensations fortes après un Two hunters excellent.
Malevolent Grain donc, sort un mois avant
Black Cascade. La stratégie Southern Lord records est simple mais efficace : l’EP se doit d’amener l’auditeur vers l’album, en engageant une opération marketing de force. Un mois entre l’un et l’autre, la tentation est forte,
Malevolent Grain est vu comme un essai transitoire, annonciateur pour l’album.
Composé de deux titres, forts de dix minutes approximativement,
Malevolent Grain est typique de
Wolves in the throne room : morceaux progressifs et atmosphériques incandescents, possédant souvent une ambiance propre qui se dissémine au travers de longues écoutes à tête reposée. La claque qu’était Two hunters révélait un groupe axé sur les parties lentes, à la limite du Doom, aux relents psychédéliques profonds, aux mélodies sublimes, plus épurées que sur leur premier essai
Diadem of 12 stars.
Malevolent Grain apporte sa pierre à l’édifice d’une façon particulière. Autant le dire : il se fait moins hétérogène. Les deux morceaux le composant sont en effet répartis en deux catégories : « A looming resonance » se veut lent et minimaliste. Le groupe laisse la part belle à Jessica Kinney dont on a pu entendre la voix sur « Cleansing » (mémorable) de l’album Two hunters ; « Hate Crystal », lui, représente tout le côté Black Metal du combo américain. L’idée semble un peu relever de l’hérésie tant le groupe nous avait habitués à de longs morceaux mélangeants ces deux aspects.
Malevolent Grain possède donc deux morceaux antithétiques tous deux bons mais qui ne parviennent pas à s’élever au-dessus de ceux présentés dans les albums d’avant. La voix chaude et quelque peu candide de Jessica accompagne très bien un « A looming resonance » ficelé avec soin par les américains. Les guitares sont légères, les voluptés enchanteresses dégagées dans Two hunters ressurgissent ici pour mieux s’ouvrir encore. Elles se font plus explicites dans l’émotion et la longue montée mélodique du titre enivre. WITTR distille des notes par ci par là, dans une première partie lente et psychédélique, au son très reverb pour mieux écrouler l’auditeur sous des blasts violents toujours accompagnés par la voix de Jessica. Si le morceau est plutôt facile pour un groupe de ce talent, on se laisse porter sans broncher, même si l’on aurait aimé plus de folie. « Hate Crystal », comme dit précédemment, est donc l’opposé du premier morceau. La violence de WITTR se retrouve ici par les blasts sans fin, le chant typique Black Metal mais aussi les ambiances que peuvent nous offrir les américains. Plus difficiles à discerner comme toujours dans leur musique, elles se découvrent avec attention, dissimulées derrière ces nappes épaisses de guitares et batterie, ce mur de son crade mais malgré tout beau à contempler. Elles se font douces mais épiques, toujours témoins de l’amour pour la poésie du groupe. Le ralentissement rythmique
Wolves in the throne room ne surprend alors pas, tant on se sent chez soi dans cet EP, tant il nous semble prévisible. Mais on se plait une nouvelle fois à suivre les roulements tribaux des percussions sur des chœurs abrasifs, jusqu’à la fin…
Wolves in the throne room ne déçoit pas, pas plus qu’il ne surprend à vrai dire. Il nous sert avec
Malevolent Grain un bon EP, malheureusement trop prévisible pour les familiers de leur art. Les deux morceaux de l’opus sont bons mais sans réelle saveur particulière, nous laissant comme toujours confortés sur la musique du groupe mais pourtant inquiets. WITTR va-t-il suivre le même chemin sur
Black Cascade ?
Malevolent Grain n’est-il pas plutôt la transition avant la tempête ? Il se révéle être surtout un complément à
Black Cascade. Un EP à posséder, évidemment, ne serait ce que pour continuer à voyager.