Souvenez-vous, c’était il y a bientôt vingt ans : la vague néo metal déferlait sur la planète, apportant un souffle de folie et d’idées nouvelles dans une sphère metal en manque de repères et d’identité. Les américains sont les premiers à avoir exploité ce filon d’un néo metal lourd et malsain.
Deftones les premiers puis par la suite
Korn. Ce ne sera qu’à la fin des années 1990 que la vague néo metal va s’abattre sur l’Hexagone. Les meilleurs représentants tricolores de ce genre vont d’ailleurs se concentrer au sein du collectif de la Team Nowhere. Parmi eux, on retrouvera
AqME,
Enhancer, Vegastar et surtout
Pleymo.
Les français de
Pleymo se sont formés en 1997 et ont très vite su se démarquer de leurs congénères de par leur esprit novateur et la violence de leur musique. Néanmoins, dix ans après leurs débuts fracassants, une évidence se pose : le néo metal n’est plus à la page. Cette mort programmée du style sonne le glas de la formation française. Mais avant de s’éteindre (ou plutôt avant de faire une « longue pause » comme ils le disent eux-mêmes), les musiciens de
Pleymo souhaitent mettre le paquet une dernière fois, comme pour rappeler leur prestigieux passé et donner du bonheur à leurs fans avant le split. Malheureusement, ce dernier opus est celui de trop pour
Pleymo qui aurait pu s’abstenir d’une telle abomination.
Car oui, n’ayons pas peur des mots, cet
Alphabet Prison est une abomination, un de ces albums dont on aurait ne jamais souhaiter voir l’existence. Le disque de trop en fait. Sur cet album, on a sans cesse l’impression de vaciller entre un rock à la Kyo (« Galaxie Autarcie ») insupportable au possible et le néo metal stéréotypé des derniers
Korn. Dès l’entrée de cet opus,
Pleymo déçoit. La musique ne s’emballe jamais : ainsi, a-t-on droit à des pseudos envolées de voix qui n’apportent rien et rendent le tout assez pompeux, voire carrément insignifiant (écoutez « Qu’est-ce qu’il nous restera », on dirait du Damien Saez !) ; quant aux paroles, elles ne sont pas à la hauteur des précédents opus du combo. A ce titre, le morceau-phare « Adrénaline » est l’archétype-même de cette incapacité à convaincre. Le chant rappelle celui de Benoît à l’époque de Kyo (aujourd’hui chanteur dans Empyr). Quelques morceaux donnent un peu plus la pêche, sans pour autant parvenir à rassasier l’auditeur (« Sept » et sa ligne de basse intéressante bien suppléée par des hurlements ou encore les guitares sur « Phantom » et « Zéphyr »). Ce titre est d’ailleurs le meilleur de ce skeud d’une longueur sans fin.
Heureusement pour le fer de lance de la scène néo metal française, la production est irréprochable et rend bien compte de toutes les subtilités de la musique de
Pleymo. Un bon point pour cet album qui en manque cruellement. Mais ne blâmons pas trop ces musiciens qui nous ont remplis les oreilles de leur néo metal dévastateur durant une décennie.
Au final, cet
Alphabet Prison n’est donc pas l’album de fin que l’on attendait. Pauvre artistiquement, il n’est pas plus sublimé par une interprétation qui manque de convictions. Avec cet album,
Pleymo sort par la petite porte. Si pour l’instant le groupe a décidé de faire une pause, il n’est cependant pas impossible de les revoir au premier plan dans les mois ou les années à venir. Un retour qui pourrait voir le retour à des compositions plus évoluées et qui raviraient les fans de la première heure. En attendant, il faut se contenter de cette production médiocre qui entache la réputation du groupe. On s’attendait à un final éblouissant, on repassera.