Asylum Pyre évolue dans un registre bouché. Archi complet pourrait-on dire. Si on n'y pose qu'une oreille distraite, on ne retiendra qu'une espèce de sous-Nightwish, les gros moyens en moins et avec une chanteuse plus proche de
Tarja que de Anette Olzon. Et ce serait faire une grossière erreur.
En effet, les Parisiens partent légèrement défavorisé par un fond sonore proche de la scène finlandaise. A première écoute, un metal symphonique enlevé avec une chanteuse qui tient bien sa place. Mais dès que l'on gratte un peu, que l'on s'attarde sur les compositions pour ce qu'elles sont plutôt que de chercher à mettre une étiquette sur la musique de
Asylum Pyre, on découvre un univers très séduisant. Déjà, le jeu de batterie tranche complètement des assauts à la double grosse caisse que l'on trouve fréquemment dans le genre. Certes, on en trouve, mais elle n'est pas systématique,
Emeric Arnaudeau est un architecte bien plus avisé derrière ses fûts ; il construit en fonction de plans moins usités que ceux de ses collègues et apporte de la variété à son jeu, en phase avec la basse. Le clavier également s'affranchit des cavalcades typées des combos comme
Nightwish et consorts. Il se fait plus discret, moins bavard et ne prend pas le pas sur les guitares. Ces dernières sont expressives. Deux tricoteurs se partagent le travail et la confection est soignée même si elles apparaissent parfois un peu en retrait.
Et bien sûr, il y a le chant. Si l'on s'attarde sur celui de
Carole Alcantara, on constate qu'il colle bien à l'ensemble et que la chanteuse semble parfaitement à l'aise sur les envolées lyriques. Mais il faut également compter sur un voix masculine qui sort du lot. Si
Johann Cadot joue parfois le jeu de l'extrémisme en s'approchant de tonalités usées par des musiciens comme
Mark Jansen (
Epica), il se plait également à brouiller les pistes, en choisissant des chemins de traverse. On le découvre tour à tour posé, agressif, étrangement gothique et par ce biais, il empêche toute possibilité de continuité convenue entre les morceaux. On peut être étonné à chaque titre, ce qui s'apparente à un véritable luxe de nos jours.
Asylum Pyre utilise donc une base somme toute convenue pour développer sa musique. Mais il s'empresse de rapidement brouiller les pistes par son approche progressive. Ainsi, le premier titre n'est autre qu'une longue introduction qui pose déjà les bases du groupe. C'est fin, soigné, le chant masculin entrecoupé de vocalises cinglantes est envoûtant. On a l'impression d'écouter une histoire au débit nerveux, une mise en garde. Admirablement couplé avec
The Asylum Pyre qui prend rapidement une dimension épique, on peut déjà avoir un avis très favorable sur le talent des musiciens. Des morceaux assez longs, complexes et enlevés, qui ne se laissent pas apprivoiser immédiatement, à l'image du titre bonus
W.W.A.W. qui ne manque pas d'humour (il s'agit d'un titre issu d'une démo, sur lequel c'est
Elodie Desbarbieux, l'ancienne chanteuse, qui officie - un manière de lui rendre hommage ?).
Du coup, les similitudes avec
Nightwish s'estompent. Le rendu se veut heavy, les compositions tirent parfois du côté de
Symphony X, discrètement, les frasques neo-classique en moins. Et cette fusion se veut parfaite sur le morceau de bravoure,
Different Sides, Same Thoughs, pièce épique de plus de onze minutes, qui varie les ambiances de façon subtile. La hargne n'est jamais bien loin, souvent sa caresse se fait sentir mais ne parviendra jamais vraiment à prendre le pas sur la poésie de l'instant. Mais le groupe n'est pas encore au firmament des groupes de power metal symphonique ou progressif. La production pèche un peu par moment, notamment quand les guitares ne disposent pas de tout l'espace qu'elles mériteraient, mais là encore, c'est pardonnable, il s'agit d'une autoproduction (en revanche, le fait que cela ne sorte pas d'une maison de disque a quelque chose d'inconcevable, comme une blague ratée de Laurent Baffie). Certains titres manquent également du souffle que l'on retrouve sur les longues pièces. Ainsi, l'effet de
Laughing With The Stars est diminué par l'ombre que lui fait l'excellent
Coral's Riff (Now Hell) qui dispose de plus de temps pour se déployer.
Ce premier album de
Asylum Pyre est une très bonne surprise. Bien sûr, ce n'est pas parfait. Il est certain que si on ne s'y plonge pas totalement on ne verra en eux qu'un autre ersatz de
Nightwish. Et pourtant, on discerne déjà une personnalité qui tente de s'imposer, une force de composition bel et bien présente. Ce groupe va plus loin que le simple cliché du metal à chanteuses et nul doute qu'avec un peu de chance, et toujours une bonne dose de travail,
Asylum Pyre pourra s'imposer et concurrencer sérieusement les ténors du genre. C'est tout le mal qu'on peut leur souhaiter après un premier album plutôt réussi.