Après un « Rosenrot » en demi-teinte et un « Volkerball » qui avait eu le mérite de gâter les fans et remis les pendules à l’heure en rappelant à tous combien
RAMMSTEIN était un monstre sur scène, c’est peu dire que ce «
Liebe Ist Für Alle Da » était attendu au tournant.
Après le single « Pussy » et son clip très « Marc Dorcel » qui avait fait jaser et, admettons le, lancé un plan marketing bien huilé, c’est avec un brin de fébrilité que le bouton « Play » fut pressé, le CD une fois inséré dans le lecteur.
Autant le dire tout de suite, cette cuvée 2009 est plutôt plaisante à l’oreille et ravira le fan en manque de sensation « Rammstein-iène ». Nous ne serons tout de même pas certains que cette nouvelle galette de nos amis berlinois fera l’unanimité, le groupe étant toujours lancé sur sa voie de « popisation » au détriment de son amour premier pour l’indus métallique minimaliste.
On aura le droit de ne pas aimer le
RAMMSTEIN 2009 mais on ne pourra pas lui reprocher de manquer de professionnalisme et de maitrise quand à la cohérence de son propos.
Mais paradoxalement, c’est à ce niveau là que «
Liebe Ist Für Alle Da » nous interpelle.
A l’occasion des premières écoutes des morceaux de l’album, une constatation s’impose : à trop vouloir maitriser son sujet, le groupe perd de sa fraicheur, rien de bien nouveau ne venant gâter nos oreilles affamées.
Après 15 années sur le devant de la scène,
RAMMSTEIN est désormais une grosse machinerie bien huilée. Le groupe fait penser à une grosse berline lancée sur une autoroute bien droite et sans virage. Les berlines allemandes ça va vite, leur tenue de route est impeccable, leurs sièges en cuir plutôt sympa, leur conduite plaisante. Le problème est que trop de confort rend l’expérience soporifique et le manque de virage risque de laisser le passager sur sa faim face à un voyage sans réelle surprise.
Mais ne soyons pas injustes non plus,
RAMMSTEIN a encore de beaux restes et des choses à dire, les morceaux pêchus qui envoient la purée sont au rendez vous (« B******** », « Wiener Blut »), ceux prompts à faire chavirer le public qui aura la chance de les voir prochainement sur scène aussi (« Ich Tu Dir Weh », « Rammlied »).
En 2007, le guitariste et « bô gosse » de la bande, Richard Z Kruspe, l’inspiration bridée, avait mené une escapade solo plutôt réussie avec son groupe EMIGRATE. Deux ans plus tard, "
Liebe Ist Für Alle Da " nous propose une prestation gargantuesque de Till Lindemann et un mixage privilégiant les orchestrations électroniques et la paire rythmique Riedel/Schneider - toujours aussi impressionnante - au dépend des guitares saturées toujours présentes mais moins « impactantes » que sur les morceaux rentre dedans des albums précédents.
Du coup, on se demande sérieusement si «
Liebe Ist Für Alle Da » n’est pas l’album solo de Till Lindemann. On a vraiment le sentiment que toutes les chansons ont été faites pour mettre en valeur sa prestation vocale. Certes, le son
RAMMSTEIN ne va pas sans lui, mais le charismatique chanteur du groupe n’aura jamais été aussi présent, lyrique et imposant que sur cet album. Peut être un peu trop.
Nous serons également au regret de constater que si le groupe nous propose des mélanges osés et réalisés avec brio (les trompettes de « Waidmanns Heil », « Haifisch» et son synthé tout droit sorti d’un vieil album de Depeche Mode), il n’aura pas pu s’empêcher de nous pondre encore deux morceaux complètement ratés. Là où un « Ohne Dich » nous arrachait une larme malgré son côté guimauve, « Frühling In Paris » fait penser – si on enlève les guitares électriques et la batterie – à de la « très » mauvaise chanson française mais……..en allemand. Alors, merci les gars pour le clin d’œil à notre beau pays que vous semblez beaucoup aimer. Till Lindemann aura beau chanter en hommage à Edith Piaf « Je ne regrette rien » (en français dans le texte), on regrettera surtout d’avoir à s’infuser 5 minutes d’un morceau d’aussi mauvais goût. Enfin au moins, peut être est-elle là finalement la surprise de cet album, ils auront réussi une chose que je ne les pensais pas capable de faire : enregistrer un titre que je pourrais faire écouter à ma grand-mère. Quant à « Roter Sand », le riff de guitare acoustique est certes sympa mais son côté « je siffle au bord du feu à côté de la rivière un soir d’été » nous fera penser à une publicité bien connue de jambon sous vide ce qui, au delà de l’aspect décontenançant de l’exercice sonore, aura au moins le mérite de nous arracher un sourire. C’est bien dommage. Ils auraient enlevé ces deux titres, leur album eut été bien meilleur.
«
Liebe Ist Für Alle Da » est un album de bonne facture mis en valeur par une interprétation et une production impeccable (pour un groupe de ce calibre, le contraire aurait été un comble). On regrettera quand même qu’il ne comporte pas de chansons qui sortent du lot, de morceaux aussi emblématiques que pouvaient l’être « Feure Frei ! » et « Sonne » pour « Mutter » par exemple, pour ne citer que celui là.
On s’inquiétera pas plus que cela pour
RAMMSTEIN qui vendra son album par palettes et camions entiers et fera son beurre devant un public conquis d’avance. Les plus grandes salles de concert sont depuis des mois déjà combles en attendant leur tournée de décembre.
Il n’empêche, j’ai beau adorer
RAMMSTEIN et bien aimer cet album, j’aurais quand même préféré qu’ils me surprennent davantage par leur musique plutôt que par une brune, aussi sexy soit elle, mangeant une saucisse dans un clip interdit au moins de 18 ans.