Abinaya, un joli mot sanscrit qui veut dire "transmettre". Et derrière ce patronyme, un groupe élégant qui se charge de transmettre son message, avec poésie, une envie de révolte que l'on voudrait embrasser pour mieux s'embraser.
Mais ne précipitons pas les choses. Le disque ne s'envolera pas et il est là, sous vos yeux, à attendre que vous l'achetiez. Vous hésitez fortement. Vous avez peut-être un peu de mal avec le logo qui ne fait pas forcément très metal, ou parce que l'illustration vous semble sacrément absconse. Vous hésitez puis vous le prenez, mû par un sixième sens bien avisé. Chez vous, vous vous débarrassez du blister d'un geste brusque. Avant de placer le disque dans votre chaîne hi-fi, vous vous attardez sur le livret, richement illustré. Les couleurs sont chaudes, les illustrations vous entraînent en Inde. Cela laisse rêveur. Les mystères du Bengale, de sombres histoires de malédictions ou d'objets maudit vous assaillent l'esprit tandis que l'odeur du poivre et d'autres épices, moins capiteuses et agréables, emplissent délicatement vos narines. Vous ne vous attardez pas tout de suite sur les paroles, vous voulez continuer à rêver un instant, vous vous plaisez à faire travailler votre imagination.
La musique vous assaille enfin. Vous êtes d'abord un peu déçu. Vous pensiez qu'avec de telles références à l'Inde, vous alliez rencontrer un metal aux sonorités inédites. Puis vous laissez passer quelques secondes. Vous ne rêvez plus, mais un sourire apparait sur votre visage. La guitare est grasse, les rythmiques puissantes. Et à cela viennent s'ajouter des percussions qui se fondent parfaitement dans le décor. Elles ajoutent une part de chaleur au rock/metal vitaminé de ces Parisiens, une touche d'originalité fort sympathique.
Bien sûr, vous ne pouvez vous empêcher de penser à Noir Désir. Musicalement, c'est évidemment plus heavy et il n'y a pas cette agaçante habitude de passer du coq à l'âne en alternant compositions rock et ballades. Mais d'un point de vue vocal, vous songez à un Bertrand Cantat en moins rocailleux. Ce timbre un peu particulier est séduisant et terriblement envoûtant. Il glisse le long de mélodies vocales agréablement nostalgiques ou engagées, où la rage attend son heure pour se présenter, éminence grise d'un parolier tantôt désabusé (
Enfant d'Orient, tantôt cyniquement drôle (
Les Labels). A ce titre,
Igor Achard est un peu l'enfant de l'union entre Renaud et Bernie Bonvoisin (vous vous estimez heureux que la sex tape ait été perdue...). Et quand il n'écrit pas les paroles, vous êtes étonnés de reconnaître un poète traditionnellement vampirisé par une culture gothique en manque de repères : Charles Baudelaire. Et le poème choisi est beau.
La Mort des Amants est une poésie fine, sensible, mise ici en musique de façon splendide. Une adaptation très réussie qui succède à une ballade qui vous aura déjà mis KO.
Et vous vous passez ce disque en boucle, touché par cette musique simple et directe, assommé par les percussions tribales qui ne cessent de résonner dans votre crâne. Vous êtes subjugué par les paroles d'apparence simple, mais qui participent également au charme de cette galette. Tout juste si vous regrettez une certaine redondance à travers les titres qui pour la plupart ont tendance à développer une épaisseur similaire. Vous vous dîtes également qu'un ou deux titres font un peu remplissage, que toutes les compositions ne sont pas du même niveau. Mais vous vous rassurez en vous disant que ce n'est que le deuxième album de ce combo fort sympathique et qu'il a encore un grand espace de manoeuvre pour corriger ces menus défauts.
Bref, vous ne regretterez pas votre achat. Si vous aimez Noir Désir et que vous êtes toujours à la recherche d'un groupe capable de lui succéder,
Abinaya est fait pour vous. Avec son discours plus metal, plus radical, les Parisiens ont toutes les cartes en main pour frapper un grand coup. C'est tout le mal qu'on peut leur souhaiter en tout cas. Peut-être bien l'une des sorties les plus intéressantes dans ce domaine pour 2009. Mais vous le savez déjà puisque vous l'avez acheté.