"Il pleure sans raison
Dans ce cœur qui s'écœure." (Paul Verlaine)
Dans le genre décrié qu'est le Depressive Black, on ne peut nier que quelque groupes surnagent dans cet océan de malheur. Austère en fait partie. La musique prodiguée par le jeune groupe est pleine de sentiments, de mélancolie envoutante, qui nous berce pour lentement nous porter jusqu'aux rives du Styx. C'est un hymne aux martyrs, un chant en l'honneur de ce si beau sentiment qu'est la tristesse, une ode à la désolation. L'ambiance y est dramatique et l'agonie est au rendez-vous, on se sent tomber... éternellement ; c'est l'ultime et désespéré rattachement a un zeste de vie et non pas la mort à tout prix comme le prône souvent le DSBM.
On entend s'écraser chaque goutte de pluie, on sent le vent venir déposer son souffle mortel sur notre visage et couvrir nos dernières paroles, la vision se trouble. Austère est tristement beau. Une voluptueuse mélopée de guitares qui s'entrelacent et sont distordues sans en être agressives, au contraire, nous emportant, ailleurs, de leurs chants sibyllins... Elles dialoguent avec des cris déchirants contant le silence et le froid tel l'Aquilon venant noircir la
neige de ses mauvais présages.
Une batterie incroyable de dextérité s'appose sur tout cela, rajoutant un fond de rythme rapide et extrêmement bien géré. Parfois, un chant clair (assez typé dans le timbre d'ailleurs) daigne se faire entendre, pour notre plus grand plaisir, tandis que de ci de là se posent comme fantomatiques des chœurs homériques variant légèrement ce cri qui au final est monotone et répété durant toute la durée de l'offrande. Austère n'a pas choisi son nom pour rien...
Véritable étreinte langoureuse, To Lay Like Old Ashes - bien qu'aux sonorités redondantes comme souvent dans ce style - retiens l'auditeur, captive l'oreille, éveille les sens. Il fait frémir de bonheur et d'horreur, c'est la Nature dans sa beauté pure, et nous, insignifiants, comparés à elle. Chaque corde qui vibre résonne en l'auditeur, chaque cri fait frissonner, et plus on avance, plus on se perd sur ce chemin sans retour... D'excellente facture, Austère fait voyager et rêver, et bien que quelques erreurs parsèment le disque (la dernière chanson de 20 minutes... [?!] ou bien le caractère trop monocorde de la voix) on sent une réelle implication et l'écoute est un vrai plaisir, à se réserver lors d'un tempête de pluie ou d'un orage...
"Ô le chant de la pluie !"