Vingt ans. C'est ce qu'auront du attendre les fans de
Ace Frehley pour déguster un nouvel album solo de leur idole. Et il y a vingt ans, la mode était au mulet (mais si, souvenez-vous de Mel Gibson dans l'Arme Fatale !) et une pub pour ce disque nous le rappelle. Vingt ans donc et, hasard du calendrier ? cet opus sort à quelques jours du Sonic Boom de ses anciens comparses de
Kiss.
D'ailleurs, impossible de ne pas penser à
Kiss en écoutant cet Anomaly. Mais un
Kiss survitaminé, boosté par une production moderne et surtout, un très gros son qui a un rendu heavy des plus agréables. De toute manière, pouvait-il en être autrement ? Frehley a toujours eu un son particulier, même au sein du Big Bisou. Ses titres finissaient souvent par sortir du lot et son approche plus sèche, plus lourde, venait souvent compenser l'apport en sucre du tandem Stanley/Simmons. Lui qui s'était mis au chant sur le tard est complètement à son aise ici. Il gère le tout, chapeaute l'ensemble et plus important, il s'éclate.
Anomaly n'est pas un album motivé par le fric. Déjà, il a été accouché dans la douleur. Megaforce voulait bien de Frehley tant que c'était pour sortir des compilations, qui représentent un investissement moindre pour des rentrées conséquentes, mais le label ne voulait pas prendre le risque de produire un artiste qui n'avait plus sorti d'albums depuis si longtemps.
Ace a donc créé son propre label et s'est occupé d'en démarcher d'autres pour la distribution. Et c'est Season Of Mist qui a décroché la timbale. Le label français réussit donc un nouveau grand coup et prend encore un peu plus d'envergure.
Parce que cet album va bien fonctionner. Parce que c'est
Ace Frehley et que les fans de longue date du Big Bisou aiment ce mec, ce New Yorkais pur souche qui respire littéralement le rock'n'roll. Et d'autres s'y pencheront parce que c'est un grand nom, qui a contribué à l'écriture de l'une des plus belles pages du metal et surtout, parce que cet album est très bon.
Le son est excellent, lourd, un peu gras mais sans cholestérol. La guitare ne bavera pas sur les autres instruments.
Ace est évidemment le héros de ce disque, mais il a su maintenir un équilibre entre les forces en présence. Même si ce disque a été enregistré en plusieurs fois, même si Frehley a touché à tout (sauf à la batterie), il a réussi à dégager une unité de toutes ses bandes, et Anomaly respire la sérénité. On est pris d'entrée de jeu par un gros riff, puissant, mais mélodique, qui laisse transpirer un certain sens du groove. A 58 ans, le père
Ace sait toujours y faire pour écrire de bonnes chansons, évidemment coincées dans sa vision du hard rock et du heavy metal, adapté aux envies, aux besoins du public actuel, habitué aux grosses productions.
Ainsi,
Foxy & Free,
Sister ou
Outer Space sont tout simplement des tueries. La guitare est pesante, le chant est séduisant et colle parfaitement à l'ambiance développée. On approche même de l'extase sur le superbe reprise de
Sweet,
Fox On The Run, trépidante à souhait. Mais Frehley sait se modérer et changer de ton, de formule. Les lignes mélodiques se font plus claires, il part à l'aventure vers des contrées différentes. Ainsi, on trouve des passages proches du classic rock (l'instrumentale
Fractured Quantum), d'autres funky en diable (
It's A Great Life). Et toujours, les vieux réflexes sont aux aguets, prêts à ressurgir, au détour d'un solo simple, loin d'une branlette de manche stérile.
Cependant, ces vieux réflexes justement peuvent se montrer à double tranchant.
Ace est très bon pour produire des titres courts, immédiats, on pourrait presque évoquer un instinct du faiseur de classiques : des titres qui restent facilement en tête, des petits hymnes parfaitement calibrés, avec des refrains simples à chanter à tue-tête. Sur les morceaux plus longs ou plus ambitieux, il tombe un peu trop facilement dans la répétition ou dans le cliché, comme sur la mignonnette
A Little Below The Angels où les choeurs d'enfants auront du mal à attendrir les plus "fleur bleue" d'entre vous. Un artifice maintes fois utilisé et qui de nos jours ne présente plus trop d'intérêt. Quelques fautes de goût pardonnables car nullement envahissantes ni trop gênantes.
Cet album est dédicacé à
Eric Carr, ancien batteur de
Kiss décédé en 1991 ainsi qu'à
Dimebag Darrel, grand fan devant l'Eternel, qui aura pu rencontrer une de ses idoles avant de partir forcément trop tôt. Anomaly est un très bon disque, typiquement dans le style de Frehley, agréable et suintant le rock'n'roll. Et comme les comparaisons avec le nouvel album de
Kiss ne manqueront pas, disons-le carrément : cet opus est bien plus motivant que le Sonic Boom des peinturlurés.