Kiss, c'est une légende du hard rock et du heavy metal, où quatre super héros venaient faire du putain de rock'n'roll qui filait la banane à un public plus que conquis, enrôlé dans la
Kiss Army. Et au fil des années, le groupe n'a pu que bénir sa nationalité, sous l'égide du puissant Dieu Dollar. Plus qu'une formation musicale, c'est un business qui rapporte. Les produits dérivés affluent de toute part, des poupées articulées aux comics, du make up aux cercueils... Depuis la reformation de 1996 avec maquillage,
Kiss est à nouveau ultra bankable, et la tournée d'adieux entamée en 1999 s'éternise... A tel point que le groupe sort un nouvel album en 2009, à la surprise générale vu que
Paul Stanley avait estimé qu'un tel produit serait inutile vu que les fans viennent aux concerts pour entendre les classiques, pas de nouveaux morceaux. Un revirement étonnant, donc.
La pochette de Sonic Boom fait étrangement penser à Rock And Roll Over, l'un des grands succès de
Kiss. La scie est remplacée par des brisures, les visages des musiciens sont placés dans les coins, tandis que logo et titre occupent le centre, voilà pour les grosses différences. L'idée est la même à peu de choses près. Bien sûr, il y a Spaceman et le Chat, même si
Ace Frehley et Peter Criss ne font plus partis de l'équipée sauvage. Plus que leur présence, c'est leur image qui est utilisée car c'est ce que veulent les fans. Il n'y a pas beaucoup d'intérêt à créer des maquillages pour
Eric Singer et
Tommy Thayer comme ce fut le cas pour
Eric Carr et
Vinnie Vincent en leur temps. Et là, les propos lâchés par Stanley reviennent en mémoire comme un boomerang : il voit toujours
Kiss tourner dans 50 ans, mais sous des maquillages identiques, d'autres musiciens. Ou
The American Way Of Life revu et corrigé par
Kiss.
Que les fans se rassurent, ils seront comblés par cet album qui sent le
Kiss 1976-1985 à plein nez, sans détour par le disco ni vers quelque chose de plus aventureux à l'instar de
Music From The Elder. Bref, c'est du condensé de hits, dans la plus pure tradition des Love Gun ou Rock And Roll Over, avec quelques choeurs qui ne sont pas sans évoquer Asylum. En revanche, il ne faut pas s'attendre à des perles plus heavy comme sur les excellents
Creatures Of The Night et Lick It Up. Non, les membres de
Kiss ont décidé de s'attaquer à des mid tempos pépères aux refrains gonflés à bloc, dans la plus pure tradition du groupe. Le jeu de Singer à la batterie se rapproche de celui de Criss, avec un peu plus de lourdeur dans la frappe (il est le batteur idéal pour
KIss depuis le décès de Eric Carr). Thayer, malgré une bonne volonté évidente, n'est pas forcément très convaincant à la guitare lead. Les soli n'ont jamais été le plus important chez les peinturlurés, mais il convient d'avouer qu'ils manquent cruellement de feeling.
En jetant un coup d'oeil sur les crédits, on remarque que pour la première fois depuis longtemps,
Kiss n'a pas fait appel à des compositeurs extérieurs. Paul Stanley et
Gene Simmons se partagent le travail, aidés par Thayer qui a vraiment envie de pallier l'absence de
Ace Frehley du mieux qu'il peut. Là encore, pas trop de surprises : Simmons assure les titres lourds, comme
Russian Roulette ou
Yes I Know (Nobody's Perfect), tandis que Stanley se contente de créer des titres catchy à refrains fédérateurs (
Modern Day Delilah)... Et Thayer ? Il essaye de proposer la facette plus électrique et puissante de Frehley justement, mais il n'y arrive pas franchement ;
When Lighting Strikes aurait du être une tuerie, il y a les ingrédients pour, mais c'est terriblement convenu, comme presque la totalité de l'album.
Parce qu'il manque un songwriting différent, une écriture plus folle, ou bien plus heavy, comme celle de Frehley ou Vinnie Vincent justement, qui apportaient une réelle gniack aux albums de
Kiss. Il n'y a pas de morceaux capables de se hisser au niveau de la folie groovy qu'est
Parasite, il n'y en a pas d'aussi jouissif qu'un
I Love It Loud, ou la simplicité dans ce qu'elle a de plus efficace. Et là, on se souvient de
Revenge qui montrait une très nette hausse du niveau avec le retour de Vincent à la composition...
Comme dit, le disque plaira aux fans qui retrouveront un
Kiss classique. Mais peut-être sans folie ni imagination. Sortir un tel disque, ancré dans la grande époque, est un acte commercial à l'état pur. Cela s'adresse aux fans, juste aux fans qui sauront que
Kiss compte sur eux. Parce que sur le grand échiquier des productions de 2009, Sonic Boom est juste un pion, un pion qui sera vite renversé par le gambit du roi représenté par le
Anomaly de
Ace Frehley, bien plus heavy et solide que l'opus de ses anciens compagnons. Bref, un disque que l'on peut assimiler à une pompe à fric et dont les morceaux passeront bien l'épreuve de la scène tant ils se mêleront aux autre classiques du même tonneau. Sortir un tel album pour ce résultat, c'en est presque navrant.