The Antidote est totalement dans le style de
Moonspell, avec un regain de violence bienvenue après le terne
Darkness And Hope. Et cependant, il est difficile d'être pleinement satisfait de cette oeuvre noire. Cette fois-ci, les Portugais peinent à nous surprendre alors qu'ils sont dans une ligne de conduite on ne peut plus juste. Une logique imparable et étrangement décevante, comme si le fait qu'elle se suffise à elle-même est en soit un paradoxe :
Moonspell se contente de faire un album de
Moonspell. Il n'y a pas de sens caché, juste une constatation un peu démoralisante. Groupe à l'évolution constante,
Moonspell n'a pas su rebondir après les avis mitigés qui ont accompagné
The Butterfly Effect.
Darkness And Hope faisait du
Moonspell classique mais soft. The Antidote, lui, va verser dans le
Moonspell violent.
Les musiciens savent toujours composer des morceaux évocateurs d'un nom. Le chant de
Fernando Ribeiro est reconnaissable, chaud, profond, riche, capable de placer de belles mélodies pour mieux les déchirer par la suite avec un rendement plus guttural, profondément malsain. Accompagné par une guitare vindicative, il ne laisse pas indifférent, une fois de plus. Il est indissociable de son groupe, mieux, il en est la figure de proue. N'allez pas comprendre que les autres se reposent sur lui. Chacun dans son domaine joue bien et apporte quelque chose à l'âme du groupe. Les Lusitaniens habitent leur musique, ils font corps avec elle. La dualité entre la guitare et le clavier est toujours d'actualité, la rythmique se fait volontiers trépidante.
Les deux premiers morceaux sont à ce titre parfaits. Totalement en phase avec ce que l'on attend de
Moonspell, des accents gothiques prononcés mais pas clichés, des mélodies sournoises qui se greffent sur des murs de son, véritables supports tactiques pour la voix de Ribeiro. C'est agressif, virulent, le groupe vous maltraite, vous fait du mal en vous faisant du bien. Puis cette dynamique s'efface, car cela devient subitement trop convenu, presque prévisible. On s'en voudrait presque de réprimander
Moonspell car cette fois-ci il n'y a pas de ventre mou, la qualité est satisfaisante tout au long du disque. Mais il reste quelque chose de déboussolant....
Alors on se penche sur la batterie, qui semble triggée de façon grotesque (par moments, les assauts de
Mike Gaspar ressemblent à un mitraillage en règle peu commun et trop peu naturel). Les ambiances sont connues. Combien de
Everything Invaded sont déjà nés sous la plume de ce groupe talentueux ? Combien de chansons ont déjà alterné ces passages calmes et ces explosions de violence de façon quasi identique ? Beaucoup trop si l'on se fie au fait que l'on peut rester de marbre, que l'on ne va pas connaître le grand frisson habituel. Là réside une part du problème : les vieux fans vont se sentir lésés. Bien sûr ils vont commencer par sourire devant un
Moonspell qui se retrouve, mais combien de temps ce disque peut-il espérer tourner sur les platines ? Trop peu, il n'a pas cette saveur hypnotique, cette force qui conduit à la dépendance vis-à-vis des opus les plus anciens, comme Irreligious par exemple.
The Antidote s'inscrit dans la continuité. Il ressemble terriblement à
Darkness And Hope, vu dans un miroir déformant. Seule la qualité demeure intacte. Hélas. Oh ! Ce n'est pas mauvais, mais
Moonspell est capable d'insuffler bien plus d'originalité et de remise en question dans sa musique. Là, en définitive, on a affaire à un
Moonspell placébo. L'Antidote ne fera donc pas effet, à moins d'y croire vraiment.