Il est devenu évident pour une large part des fans du Big Bisou que les trois premiers albums de
Kiss, avant la déferlante Alive !, étaient déjà excellents et qu'il fallait juste que l'on s'intéresse réellement au groupe pour que celui-ci décolle. Le fait est que cela devient depuis des décennies une espèce de légende urbaine. Une histoire que l'on aime bien raconter devant un feu de bois (avant de se payer la honte de sa vie en parlant avec passion de
Kiss Contre les Fantômes) devant une troupe de scouts en délires. Parce qu'à ses débuts,
Kiss se taillait une réputation de groupe de scène, mais ne vendait pas encore ses productions par palettes entières. On était loin de seulement imaginer que la Kissmania pourrait se produire un jour et que cela deviendrait un business aussi juteux. Durant ces concerts, le groupe déployait un réel sens du spectacle, faisait le show et surtout, dégageait énormément de puissance, au détriment de la finesse.
C'est toutefois avec cet avantage que
Kiss sort son second album,
Hotter Than Hell, dont la pochette présente le combo en Japonais. Faut-il y voir un appel du pied au public nippon qui avait réservé un accueil triomphal à
Deep Purple deux ans plus tôt ? Un marché attirant en tout cas. Par rapport au premier album éponyme, celui-ci se veut un peu plus lent, un peu plus lourd.
Kiss commence à plomber quelques uns de ses riffs pour un rendu parfois étonnant. Difficile de passer à côté du puissant
Parasite, à la rythmique pesante et aux guitares accrocheuses. L'ensemble reste toujours groovy, mais quelle prestation ! Un classique immédiat, un titre tout simplement énorme, agressif pour l'époque (on est tout de même en 1974), qui prendra encore plus d'ampleur sur scène.
Et encore une fois, on ne peut que constater que
Hotter Than Hell manque décidément de cette puissance live. Alors oui, il y a des tas de morceaux franchement sympathiques, enjoués, agréables, avec des choeurs bien foutus, de la diversité (trois chanteurs se relaient,
Ace Frehley restant encore en retrait de ce côté là), mais il manque cette gniak, cette envie d'en découdre que l'on pouvait trouver à la même époque chez
Alice Cooper aux USA ou chez
Nazareth en Europe. Et Frehley semble l'avoir parfaitement compris. C'est lui qui apporte quelques-unes des compositions les plus puissantes (
Parasite,
Strange Ways, c'est lui), suivi de près dans cet instinct carnassier par
Gene Simmons (
Watchin' You, c'est lui).
Evidemment, il est difficile de nier que de nombreux refrains sont fédérateurs.
Paul Stanley se révèle d'ailleurs très fort à ce petit jeu. Pas de fioritures, on va droit à l'essentiel, avec un petit choeur qui donne du relief et une envie irrésistible de fredonner
Hotter Than Hell. Mais il faut bien se l'avouer, il manque encore ce trait de génie qui illuminera la discographie de
Kiss après le monumental Alive !.
Hotter Than Hell est un disque compact, qui ne demande qu'à exploser, mais qui paye cash la faiblesse de certains titres tout en souffrant d'un confinement studio qui ne lui sied guère. Mais cela reste un bon disque, avec quelques classiques (ah...
Parasite ! Un monument), idéal pour se familiariser avec le style de
Kiss. Pas franchement indispensable tout de même, autant désacraliser le mythe.