Seth, dans la riche mythologie égyptienne, est un dieu à la fois adoré et craint. Assassin d'Osiris, son frère, il est également le défenseur de la Barque Solaire contre Apophis, qui incarnait le Mal dans toute sa splendeur. Les roux lui étaient considérés comme soumis à l'époque (ça explique bien des choses, Nanoroux qui code bourré, etc, etc...). Seth, c'est le chaos. Ses frasques homosexuelles appuient cet état de faits. Souvent confondu avec Anubis à cause de sa silhouette, sa tête d'animal ne ressemble pas à celle du chacal cependant, elle n'est tout simplement pas reconnaissable. Bref, un Dieu sombre, avec aussi sa part de lumière (Rê le défendra souvent, vu que Seth est le protecteur du Soleil...). Bien sûr, le fait qu'il ait influencé le mythe du Diable dans la religion chrétienne n'est pas à exclure.
Ce personnage sert de base de travail à
Akroma. Bien entendu, l'histoire change, on va au-delà du conflit entre Seth et Osiris, puis par extension de Seth et Horus et les musiciens ont décidé d'inclure les dix plaies d'Egypte dans l'intrigue.
Fort d'un premier essai déjà conceptuel (7, narrant les sept péchés capitaux en sept compositions de sept minutes chacune),
Akroma se lance en confiance dans ce nouveau projet. Et une fois de plus, l'ambition musicale est au rendez-vous. Le black metal de ces Français est plaisant, mais également difficile d'accès. Il est vrai que ceux qui reprochent à
Cradle Of Filth un chant trop aigu, trop criard, risquent d'avoir le même grief à l'encontre d'
Akroma, surtout que le groupe cite volontiers les Britanniques comme une référence. Effectivement, cela se ressent dans la théâtralité de l'ensemble, mais s'arrêter à cela serait tout de même sacrément réducteur.
En effet,
Akroma développe un univers qui lui est personnel. Si certains passages sont menés par des blast beats furieux, ce sont les mélodies qui prédominent tout du long. Les constructions sont souvent complexes, des breaks assassins sont tapis dans l'ombre, prêts à intervenir aux moment les plus opportuns. L'ombre croise constamment la lumière. Comment rester insensible à ce chant féminin angélique qui se pose comme une caresse, avant que des lames ne vous traversent le corps quand la musique s'emballe, quand le black metal reprend ses droits avec une arrogance dévastatrice ? De bout en bout, on trouve des séquences tendues, où le mal peut surgir de n'importe où, ou a contrario, s'effacer sans demander son reste.
Le projet est bien pensé, réfléchi. Certains pointeront du doigt l'absence d'inspiration à proprement parler égyptienne dans la musique. Ceux qui s'attendaient à un cliché comme des samples de la BO de la Momie en seront pour leurs frais. Le discours est plus symphonique et progressif et surtout, imprévisible. Comme pour leur précédent opus, les membres d'
Akroma ont fait appel à des guitaristes d'horizons différents pour assurer les soli ; ceux-ci viennent apporter de la couleur et des
textures souvent inattendues. Il ne semble pas y avoir de limites dans le concept d'
Akroma et parfois, on peut regretter qu'ils ne se donnent pas quelques gardes-fous, par exemple, contre ces bruitages électroniques agaçants qui arrivent sans crier gare, un peu gênants en définitive. Une petite faute de goût, rien de bien alarmant.
Evidemment,
Akroma s'émancipe du black metal pur et dur en en proposant une vision somme toute personnelle. Il prouve que la scène française demeure l'une des plus ingénieuses. Cependant, ce disque est assez difficile d'accès et il vous faudra certainement plus d'une écoute pour en capter toute les subtilités et surtout, toute l'intensité. Une bien belle offrande pour les arts obscurs, un disque plaisant et puissant, qui pourrait bien vous séduire par son originalité.