Certains sots, bien plus enclin à défendre de manière inutile leurs propres personnes que réellement apte à comprendre un contexte qu’en plus ils n’ont, soit dit en passant, pas vécu, essaient en ces jours, en une tentative consternante, de minimiser l’apport historique de la scène italienne au crépuscule de ces années 90. Aveuglé par un orgueil malsain qui consiste à ne pas s’effacer devant l’indiscutabilité factuelle et à affirmer avec force des contrevérités, ces révisionnistes artistiques hurlent, avec une conviction sincèrement touchante, des certitudes pourtant fausses. Pour ces réformistes obtus, Rhapsody n’a été l’instigateur d’aucune nouvelle vision. Pour ces historiens embrumés, Luca Turilli et les siens n’ont rien fait si ce n’est reproduire, avec un certain talent, la musique des scandinaves. Pour ces conteurs imbéciles, seul, en effet, l’école nordique et, peut-être, à la rigueur, l’école teutonne du Heavy Speed aura été prépondérante. Le reste n’étant que futilité.
Une telle partialité, niant les faits pourtant réels, est affligeante. Car quand bien même pourrions nous débattre de la subjectivité ressentis devant cette nouvelle scène transalpine, comment pourrions-nous contester l’importance d’œuvres aussi majeures que les premiers Rhapsody ? Comment pourrions-nous, décemment, affirmer que rien n’est réellement novateur et inspirateur sur ce Symphony of the Enchanted Lands ?
Plus que son précurseur, cet album dessine plus parfaitement encore les contours de ce Heavy Speed Symphonique, baroque, médiéval et épique caractéristique des transalpins. Plus matures et plus marquants, les titres de ce manifeste donnent, enfin, toute sa grandiloquence délectable à la musique de ces italiens. En effet, ce sentiment diffus, qu’on pressentait déjà sur un Legendary Tales perfectible, est ici magnifié par le travail de Luca Turilli et de siens. Dans une fresque parfaite, Rhapsody écrit donc l’histoire.
Car nul doute que personne n’aura aussi parfaitement que lui, sur ce Symphony of the Enchanted Lands, peint une toile aussi initiatrice, intense et profondément bouleversante. Exprimant toute la grandeur majestueuse de sa musicalité dans le métissage d’un propos Heavy Speed efficace qu’il allie à de nombreuses orchestrations classiques, mais aussi à des atmosphères moyenâgeuses, ou encore à des climats baroques, le groupe nous narre les affres d’héroïques quêtes fascinantes. Et le périple est captivant au son des superbes Emeral Sword, Wisdom of the Kings, Eternal Glory, Riding the Winds of Eternity ou encore, par exemple, Symphony of the Enchanted Lands.
L’omniprésence de ces orchestrations, aux nombreux instruments et arrangements, notamment, classiques (omniprésence dont on peut penser qu’elle est une conséquence de moyens supplémentaires mis au service du groupe) fait incontestablement basculer cette œuvre dans l’univers, indubitablement restreint à l’époque, de la musique à la fois Metal et à la fois Symphonique. Pourtant, loin de dénaturer l’aspect âpre du propos, cette omniprésence, bien au contraire, en transcende l’esprit ainsi grandit. Ce phénomène étant dû essentiellement au talent de composition de ces italiens qui auront su transposer le dynamisme du Heavy Speed à ces passages classiques. Il faut noter, aussi, que le mixage de cet album participe également à cette élévation, permettant à cette philharmonie de ne pas sombrer dans les écueils, parfois entendus, d’une faiblarde splendeur indigne.
Quoiqu’il en soit, et quoiqu’en pensent les imbéciles polémistes intransigeants, ce Symphony of the Enchanted Lands est bel et bien un album marquant. Remarquablement construit, il aura formidablement magnifiés toutes les valeurs de son prédécesseur. Et au-delà de toutes ces vertus intrinsèques, il aura accessoirement, excusez de peu, donné naissance à une ère totalement nouvelle dans laquelle le Heavy Speed/Power Symphonique allait prendre une part prépondérante.