Voilà un album bien difficile d'accès. Rien n'est fait pour ouvrir des portes royales aux auditeurs, aucun geste de clémence de la part de musiciens qui savent ce qu'ils veulent et qui savent où ils vont. Rien ne parait contrôlé, pourtant tout se met en place, mais il faut du temps pour rentrer parfaitement dedans.
Déjà, il faut une sacrée dose de persévérance pour ne pas laisser filer son envie d'écouter le disque à la vue de cette pochette. Avec une telle illustration, on sait tout de suite où l'on va, vers un heavy metal guerrier, les erreurs ne sont pas franchement possibles. Si jamais un doute subsiste, il suffit de jeter un coup d'oeil à la maison de disque : Cruz Del Sur, qui à quelques exceptions près tape dans le heavy classique. Mais là... Même dans les années 80 les groupes plus ou moins fauchés arrivaient à avoir un graphisme de qualité dans une optique très heroic fantasy (cf
Cirith Ungol ou Manilla Road). Là, on a l'impression que le neveu de la copine du frère de la guitariste a eu un prix en dessin et que du coup, on lui a gentiment demandé d'élaborer une cover barbare avec du sang, une femme presque à poil, un slip à pointes et des membres un peu partout. En fouillant un peu dans les crédits, on apprend que c'est Beverly Barrington, la guitariste, qui en est l'auteur. C'est gentiment kitsch, salement moche et ça ne donne pas envie de s'attarder dessus et encore moins de l'acheter. Au moins, on ne peut pas dire que le groupe soit motivé par le fric (et que Beverly ait raté une carrière d'illustratrice...).
Bref, passé sa répulsion première, l'objet tant convoité reste une bête difficile à apprivoiser. Erika n'est plus là, elle a été remplacée par un chanteur cette fois-ci, Jason McMaster (connu pour avoir fait ses classes au sein de Watchower ou de Dangerous Toys). pas la même plastique donc. Et le chanteur a déjà fort à faire vu que
The Spider Queen est pensé et construit comme une espèce de concept album proche de l'opéra metal, avec plusieurs protagonistes, tous interprétés par McMaster... Quel est l'intérêt d'avoir plusieurs protagonistes s'il n'y a pas d'invités ? Pour le savoir, consultez un instant le livret (ou vous constaterez que Beverly est énervée à force de se faire critiquer pour la pochette). Vous remarquerez que les points de vue sont précisés pour chaque chanson, excepté la première et la dernière qui sont en fait des intro/outro à l'oeuvre répartie en neuf mouvements. Et plus loin, vous avez la liste des personnages. L'intérêt vous parait encore faible ? Mettez alors le disque dans la chaîne hifi dont les baffles font des larsens d'impatience.
Ignitor avoue volontiers être influencé par des groupes assez anciens comme
Metallica ou
Iron Maiden, ainsi que par des groupes de metal plus actuels comme
Primal Fear, mais l'album et le style joué sont bien plus hermétiques que leurs références. Il ne faut pas s'attendre à une série de riffs limpides emmenées par une batterie qui appuie sur la double grosse caisse sans discontinuer. On ne peut pas parler de raffinement non plus, c'est plus opaque que cela.
Ignitor se rapprocherait dans l'idée de groupes américains de heavy metal comme
Cirith Ungol ou Manilla Road. Pas dans le style, mais dans l'esprit. Ces deux groupes n'ont jamais été abordables par le tout-venant, n'ont jamais déclenché d'hystérie collective et ne se sont jamais prostitués à se diriger vers un autre style plus en vogue. Spirituellement,
Ignitor s'en rapproche et musicalement, même les fans des vieux albums de
Dio ou de
Judas Priest auront du mal à rentrer dans ce heavy metal racé qui tend vers des sonorités épiques et héroïques, boosté par un chanteur qui sait moduler sa voix. Et si ses prestations les plus énervées ne sont pas sans rappeler le style troll cher à
Tim Baker (
Cirith Ungol), ce n'est pas franchement déplaisant tant cela colle à l'ambiance dégagée par ce disque.
Passé l'effet de surprise, passé le premier sentiment de rejet, on se laisse facilement happer par ce disque qui, s'il ne sera pas l'album de 2009, a le mérite d'être courageux. On sent le groupe impliqué dans ce qu'il fait. Les guitares tissent une toile élégante, Beverly en dessine avec succès les fondations, que Stuart Laurence vient consolider avec ses soli une fois que la section rythmique a posé un épais mur de son. Ce que l'on peut alors reprocher est une trop grande linéarité, les compositions peinent pour certaines à trouver une vie qui leur soit propre, ce besoin se retrouvant annihilé par les plus des autres, comme le puissant
Construct Of Destruction ou encore le plus délicat
I Never Knew dont la mélodie vocale n'est pas sans rappeler celles de
Sonata Arctica.
The Spider Queen ne part pas qu'avec des atouts dans sa manche. L'ambition artistique peut être une bonne chose, mais cela peut également être un frein pour une carrière jusqu'alors prometteuse. Musicalement, c'est bon. Conceptuellement, c'est de la fantasy assez classique, ne cherchez pas de gros concept dans un genre qui peine à ne pas être anthropophage. Et pour parachever le tout, il règne tout de même une certaine aura claustrophobique sur cette oeuvre, qui risque fort d'en limiter la durée de vie. Et ce constat s'avère pénible parce que l'on se rend compte que le groupe est entièrement passionné et qu'il ne fait pas de musique pour rouler en Cadillac sur Beverly Hills avec une mallette pleine de billets verts sur la plage arrière. Rien que pour ça,
Ignitor mérite toute notre attention et des encouragements sincères.
Avec ce disque difficile d'accès en tout point,
Ignitor cherche à gagner en épaisseur. Si le résultat n'est pas décevant, il est loin des ambitions affichées.
The Spider Queen est un album qui ne comblera peut-être qu'une infime partie des fans de metal, ceux qui cherchent un album de heavy authentique et sincère. Et le groupe prenant toute son envergure sur scène, les prestations à venir promettent d'être meurtrières.