Pour beaucoup,
Mayhem est le groupe culte par excellence dans le domaine du black metal, même si ce statut a été bâti sur des faits extra-musicaux dans sa majeure partie.
Dead suicidé,
Euronymous poignardé avec un acharnement serein par
Varg Vikernes, des détails qui font d'un groupe relativement banal une icône du genre. Et sans la volonté de
Hellhammer à insuffler de la vie au sein d'une formation condamnée à l'Enfer,
Mayhem jouirait totalement de ce statut tant envié. Mais il y a eu
Wolf's Lair Abyss qui a montré que la bête pouvait encore être dangereuse, puis ce
Grand Declaration Of War qui sonnait comme une insulte pour les fans d'un des combos historiques de la vague du black metal norvégien, un disque hypnotique et martial, moderne dans son utilisation excessive des samples. Un album qui, malgré d'évidentes qualités, aura écorné un mythe auprès de certains die hards qui continuent à jurer fidélité à l'âme damnée Euronymous.
C'est donc un
Mayhem hybride, tourné vers l'avenir mais confiné dans un traditionalisme certain qui part à la conquête du monde pour promouvoir son bébé, aussi difforme soit-il. Cependant, l'idée de sortir un enregistrement live après une telle offrande ne s'avère pas une bonne idée. Parce que ce
Mayhem fonctionne mieux en studio qu'en live ? Très certainement. Ceux qui se sont attardés sur le DVD Live In Marseille 2000 doivent déjà fuir ce CD comme la peste (à moins qu'avoir le corps recouvert de bubons soit indéniablement true, bien entendu).
Et il apparait que
Mayhem ne peut se succéder à lui-même. Inutile de comparer ce
European Legions aux lives d'autres groupes de black metal, tels que
Marduk. Déjà
Mayhem n'en sortirait pas grandi, mais il a également dans sa discographie un
Live in Leipzig qui - hasard ! - porte fièrement le cachet du culte. Et s'il découle une moiteur mortuaire de ce dernier,
European Legions, quant à lui, n'est qu'un assemblage de compositions prises d'époques diverses, un Tetris musical sans fond. On sent que
Maniac n'est que moyennement concerné par ce qu'il chante. Sa prestation sur le classique
Freezing Moon est désespérément vide de sens, son absence de charisme étant le fait le plus remarquable à mettre ici à son actif. Et derrière lui, le groupe joue. Tranquillement. Il n'y a rien de malsain qui émane de cet enregistrement. Une brutalité vaine, aux angles trop arrondis pour réellement entamer le cuir des auditeurs. La basse est inaudible, les cymbales se perdent dans les explosions des toms, la guitare est juste, mais ô combien linéaire.
Mayhem est alors un groupe de morts-vivants : il n'y a aucune vie dans ce qui est fait et cette absence de vie ne donne même pas un charme macabre à l'ensemble.
On aimerait tant pouvoir vibrer sur les classiques empilés pèle-mêle comme un amoncellement de cadavres pourrissant au soleil. Il n'y a pas assez de noirceur pour figurer la nuit, la mort, la guerre, le désespoir, la haine, la vanité et le nihilisme sans fin qui devrait être l'apanage de
Mayhem. Ici, c'est juste un groupe qui fait de la musique devant d'autres personnes. Tatie Gilberte ferait plus d'effet avec Tonton Léon et son accordéon.
Comme si la maison de disque et le groupe se rendait compte de l'inutilité vomitive des titres live, cinq morceaux ont été ajoutés à l'enregistrement. Du studio, évidemment; Pour les collectionneurs, cela pourrait être du pain béni, euh maudit : il s'agit de pré-productions de certaines compositions phares de l'album
Grand Declaration Of War. Mais même là l'intérêt est moindre. Vu que n'importe qui pouvait deviner que sans les samples l'album aurait été mauvais, cette preuve auditive ne fait qu'achever le fan qui aura juste envie de planter vingt-trois coups de couteau dans le corps de Maniac pour lui apprendre à vivre. Bref, les bonus sont à l'image du produit principal : très décevants.
Mayhem étoffe une discographie avec ce qu'il a sous la main : un album controversé, des lives aussi inutiles qu'une paire de chaussures pour un cul-de-jatte, un DVD où l'on a l'impression que le groupe se traîne sur scène plutôt qu'il ne soulève l'étendard du culte. Et on peut se dire qu'à ce moment,
Mayhem était l'ombre de lui-même, incapable de donner un soupçon de vie à une réputation certainement par trop exagérée.
European Legions est à l'image de son frangin, US Legions : vide, creux, inutile. Autant se plonger avec délice dans la lie de
Live In Leipzig qui sent la sueur et le sang.