L'ambiance au sein de
Cradle Of Filth, en cette année 1999, est tout simplement détestable. Pourtant, le groupe a beaucoup gagné en popularité grâce à son dernier album,
Cruelty And The Beast, qui les a propulsés mégastars du black metal, un genre habituellement plus underground. Mais voilà,
Nicholas Barker n'a pas apprécié le traitement réservé à ses parties de batterie lors du mixage de cet album et l'a fait savoir en claquant violemment la porte (et vu le gabarit du monsieur, il ne devait plus rester grand chose de ladite porte), les guitaristes jouent à "je t'aime moi non plus" en quittant le navire puis en y revenant (
Gyan ) et on assiste au retour plus que surprenant de
Paul Allender qui s'était éclipsé après le premier opus. En remplacement de Nick, on retrouve une recrue de choix en la personne de
Adrian Erlandsson, qui avait fait ses classes au sein de
At The Gates et
The Haunted), mais qui succède en réalité à un intérimaire du nom de
Was Sarginson. Autant dire que la situation n'est pas propice pour sortir un EP.
C'est pourtant ce que
Cradle Of Filth fera. Et From Cradle To Enslave débarque, avec sa pochette décevante. On se souvient avec nostalgie de celle de Vempire or Dark Faerytales in Phallustein, érotico-gothique, gentiment surfaite, mais qui donnait un charme kitsch, très Hammer dans l'esprit à l'oeuvre. Là, on est confronté à quelqu'un qui se paye une cataracte épouvantable, pas de quoi titiller les sens.
Le morceau titre est satisfaisant. Mieux, c'est une très bonne composition qui tend vers un black metal aux sonorités gothiques appuyées, le côté romantique en moins. Le clavier de
Les Smith vient vous agacer les oreilles d'entrée de jeu avec une mélodie entêtante, dans l'optique de ce que pouvait proposer
Mike Oldfield à l'époque de Tubular Bells. On est pris dans une spirale démoniaque qui s'accélère quand le reste du groupe rentre en action et la descente aux enfers n'en est que plus vertigineuse. Et toujours, la musicalité propre à
Cradle Of Filth est présente, s'illustrant sur un break tout simplement monstrueux.
Dani, éternellement secondé par
Sara Jezabel Deva, est dans la lignée vocale de ce qu'il proposait sur
Cruelty And The Beast : un chant saccadé, agressif, nerveux et plutôt intelligible. Bref, du grand art.
Et ? Et il a bien fallu le remplir cet EP... Pour le coup, les choix sont très discutables. Quand
Cradle Of Filth essaye de se la jouer punk, ils jouent du Misfits et le résultat est tout simplement navrant. Dani est à la ramasse sur le
Death Comes Ripping et ne parviendra pas à faire oublier
Danzig tant sa prestation est transparente. Sa performance sur le
Sleepless des amis d'
Anathema est meilleure, mais la vision du groupe la rend presque méconnaissable, avec sa ligne de basse sans relief alors qu'elle est sensée montrer la voie à suivre. Mauvaise pioche. Cela se gâte et si
Of Dark Blood And Fucking permet à Erlandsson de se mettre en valeur, le composition est juste moyenne, prévisible et ne parvient pas à trouver la force suave de
From The Cradle To Enslave. La version technoïde de cette dernière est en revanche à éviter à tout prix. Un délire qui n'est pas sans rappeler l'ignoble
Twisting Further Nails de l'édition limitée de
Cruelty And The Beast. Et le groupe se trompe de cible pour clore les débats. En piochant dans leur discographie, ils auraient pu trouver un autre morceau, plus apte à une relecture musclée. Il a fallu que Dani et les siens arrêtent leur choix sur
Funeral In Carpathia, brillant monument du non moins brillant
Dusk... And Her Embrace. Et dans cette version toute aussi longue, au rythme plus soutenu et avec un chant remanié, il manque l'ingrédient le plus important, celui qui caractérisait
Cradle Of Filth en 1996, ce romantisme gothique, somptueux et délicat à la fois...
From Cradle To Enslave est un EP qui manque considérablement de vigueur. Il tend à partir dans tous les sens et malgré un morceau titre fort, évocateur, le reste relève presque de l'anecdotique. Il est alors logique de repenser à Vempire... Sa pochette n'est pas la seule à manquer, il y a également cette logique implacable et ses idées puissantes qui en faisaient une oeuvre importante dans la discographie de
Cradle Of Filth. Ici, il s'agit d'un faux pas, qui intervient lors d'une période de trouble où Dani passait de plus en plus pour un affreux tyran. Et dans de telles conditions, difficile de s'en sortir. Ce disque fourre-tout en est la preuve. Un mal pour un bien, cela permettra au groupe de se relancer sur Midian...