Dire que
Slayer, dans la seconde partie des années 80, faisait rêver serait une insulte.
Slayer, ce n'est pas une usine à rêve, pas avec une aura aussi noire.
Slayer, c'est un fantasme, une envie de brutalité occulte, le synonyme à peine caricatural d'une grosse baffe dans la tronche. Mais le fantasme a commencé à faire bander mou dès
Divine Intervention. Imaginez : un album de
Slayer "juste" bon ! Mais bien vite,
Slayer, en continuant faussement à se poser comme intransigeant et centurion de ce que devrait être le thrash, a fini par se vendre, se brader, se tirer une sacrée balle dans le pied. Handicapé par une approche plus hardcore qui ne lui va pas très bien, écrasé par un album de reprises bruyant et sauvé des eaux par le seul morceau original de la galette,
Gemini,
Slayer a perdu pied.
Diabolus In Musica ne lui a pas fait ressortir la tête de l'eau. Pire, le groupe s'est enfoncé avec un album inintéressant et tributaire d'une approche neo metal malvenue.
Aussi,
Slayer revient en 2001 avec ce
God Hates Us All. Le logo imprimé au fer rouge sur une bible déclenche une sensation jouissive dans le bas-ventre. On en est tout de même à regretter ces bonnes vieilles pochettes des années 80, satanico-comiques, même si ici les vis, les clous et le sang pourraient prêter à sourire si ce n'était pas pour être dans l'air du temps. Et en plus, il fallait qu'un album portant un tel titre sorte le onze septembre 2001. Comme un avertissement qui arriverait trop tard.
Et musicalement,
Slayer parvient à faire illusion pendant environ cinq minutes, soit les deux premiers titres; Et encore,
Darkness Of Christ étant une espèce d'introduction hybride qui aurait pu figurer sur un (bon) album de
Fear Factory, c'est sur
Disciple que tout repose.
Disciple, c'est du
Jeff Hannemann classique : thrash, rapide, violent et abrasif, ponctué par un solo embrasé.
Tom Araya hurle comme un damné, sa voix est mixée très en avant tandis et prend le pas sur la musique. Néanmoins, la très bonne surprise de cet album.
Le reste s'effondre petit à petit, comme l'océan érode les falaises. Les qualités de
God Send Death se retrouvent amoindries par des gueulantes qui deviennent vite fatigantes. On sait que Araya est capable de chanter rapidement, de s'imposer avec rigueur là où d'autres dans le même domaine ne fonceraient pas bille en tête, mais sur
God Hates Us All, c'est de trop. Beaucoup trop. Du coup, il en est saoulant. On espérait un retour aux sources, mais cela ressemble rapidement à une continuité plus virulente de
Diabolus In Musica...
Sans oublier que
Kerry King, qui apparemment à pas mal écouté ce qui plait aux jeunes, est impliqué sur la majeure partie de l'album avec son style d'écriture teinté de hardcore et malheureusement pour le guitariste, sa qualité d'écriture ne vaut pas celle d'un Hannemann bien trop discret. Du coup, cet album n'en devient que plus homogène et l'impression d'écouter le même album est de plus en plus présente, et rapidement on ne sait plus où l'on en est. Cela riffe mais ce n'est pas suffisamment diversifié, et l'auditeur sombre en même temps que le groupe.
Les membres de
Slayer peuvent allègrement se moquer de l'évolution d'un
Megadeth ou d'un
Metallica. Ils restent intouchables pour une large faction de leur public, même si le fantasme est de les revoir un jour du niveau d'un
Show No Mercy, au moins. Viser plus haut semble impossible, la qualité d'un
Seasons In The Abyss est tout simplement inaccessible. Mais
God Hates Us All est juste un album qui ne sert pas à grand chose dans la discographie de
Slayer car trop bruyant et manquant cruellement de classe, à de rares exceptions près.