Quand on se penche sur la carrière de
Slayer, on peut se dire que le pic de popularité a été atteint sur
Decade Of Agression, un double live à la set-list mortelle mais souffrant d'une production faiblarde. Après, il y a eu le départ de
Dave Lombardo et là, ça a mis
Slayer à terre. Qui peut réellement expliquer les raisons de cette chute ? Est-ce qu'un membre emblématique en moins suffit à vaincre ce titan ? La paire King/Hannemann était-elle trop hautaine, trop sûre d'elle ? Le death avait-il fait tant de mal au thrash, pour ébranler les fondations
Slayer ? Si
Divine Intervention parvenait à faire illusion grâce à quelques compositions bien pensées, ce disque a commencé à semer quelque appréhension dans l'esprit des fans. On ne peut même pas critiquer
Paul Bostaph, le remplaçant de Lombardo, vu qu'il assure plus que le minimum derrière les fûts. Mais il manquait quelque chose. Une grande part de la magie noire du groupe, certainement. Le disque de covers punk,
Undisputed Attitude, n'était pas pour chasser le croque-mitaine du doute qui s'était dissimulé dans les placards des fans. Même si
Gemini est l'un des plus grands titres de
Slayer. Cela ne compte pas. Du vent pour faire patienter, mais du vent quand même. Et il a fallu attendre 1998 pour ce
Diabolus In Musica. Pour ça, cracheront certains, navrés du résultat.
La donne musicale, cette année-là, a encore changé. MTV faisait et défaisait allègrement ce qui était populaire et contre toute attente, le neo metal devient le genre à la mode, propulsant
Korn et son
Follow The Leader au sommet des charts.
Follow The Leader... une phrase à méditer. Car on peut allègrement se demander si
Slayer ne suit pas le mouvement justement, en devenant accessible. Morceaux plus lents, chant haché, souvent hurlé, entre hardcore et nu metal, soli on ne peut plus minimalistes. Avec ces onze titres, courts, calibrés pourrait-on dire, la bande à
Tom Araya semble prendre le train en marche.
Pourtant, ce
Diabolus In Musica fait illusion. Sur les trois premiers morceaux.
Bitter Peace prend le temps de se développer, avec une longue introduction lugubre, annonciatrice d'un déluge de violence jouissif, thrash, sur lequel intervient un Araya très en voix. Vindicatif, énervé, il se partage entre un phrasé thrash et des hurlements typiquement hardcore. Il semble que la tournure prise sur
Divine Intervention est toujours de mise. Un bon mid tempo, malsain, sur lequel
Slayer montre qu'il est toujours maître dans la décélération.
Death Head surprend rapidement l'auditeur avec son côté groovy et presque sautillant sur les couplets ! Pourtant, cette composition fait son petit effet en apportant un souffle nouveau sur le monde de
Slayer. Bostaph et Araya tirent encore la couverture à eux avec une prestation remarquable. Quant à
Stain Of Mind, elle a un petit côté neo metal qui va fait espérer un revirement plus thrash, mais l'ensemble reste très groovy et moderne.
Et on se dit que pour un EP, ça aurait été très bien. Que
Slayer s'adapte pour survivre, ce qui n'est pas le plus glorieux pour un groupe qui imposait jadis un respect rare. Mais il reste huit morceaux, huit titres qui se perdent rapidement dans la redondance. Des morceaux que l'on oublie à peine écoutés. De temps en temps, on remarque une grosse baisse de régime dans l'inspiration (
In The Name Of God où la testostérone fait office de cache-misère...). C'est vaguement bourrin. Parfois, ça hurle de trop. Les lignes de guitare sont souvent indignes de
Slayer. Et là réside le drame de ce groupe. A force d'avoir placé la barre très haut, intransigeant avec lui-même, sa baisse de régime n'en est que plus flagrante et désolante. Et une fois de plus, on ne peut pas dire que c'est de la faute de Bostaph : ses rythmiques sauvent souvent la mise !
Araya s'est dé
carcassé pour ce disque,
Rick Rubin livre une de ses meilleurs productions avec
Slayer, la batterie est comme d'habitude jouissive, mais le reste n'y est pas.
Diabolus In Musica est un disque que l'on peut écouter en boucle sans savoir pourquoi on le trouve bof, sans arriver à mettre le doigt dessus. De nombreux groupes pourraient s'en contenter. Mais c'est tellement banal pour du
Slayer que la pilule a du mal à passer. Le genou est bel et bien à terre et derrière cette entité du metal, l'ombre de la hache du bourreau se profile...