Première écoute : baffe magistrale, ramassage de dents au milieu d'une flaque de vomi, album extrême et ultime.
Et si ce
Undisputed Attitude était un album à écouter une seule fois ? Pour se défouler. Casser quelque chose dans sa chambre ou son salon. Parce que ce disque est d'une violence rare, une trentaine de minutes d'agression caractérisée. Là,
Slayer remplit bien sa mission de nous en foutre plein la vue, quels que soient les moyens, la manière, le style. C'est cru, c'est malsain, ça déboule à cent à l'heure comme autant de parpaings dans la gueule venant de Mike Tyson. Et en plus, nous nous faisons déchirer les oreilles de la même manière.
Puis en creusant un peu, en réécoutant souvent le disque, il se révèle rapidement surfait.
Slayer perd le rythme, pour s'accrocher à un statut de leader de la scène thrash depuis le revirement heavy metal de
Metallica ;
Slayer va se laisser aller à la facilité, un album de reprises punk, histoire de bien montrer au monde que chez
Slayer, on aime ce qui tape fort et bien.
Certes,
Divine Intervention n'avait pas comblé tous les fans. L'absence de
Dave Lombardo derrière les fûts aura presque été le coup de grâce pour la popularité du groupe. Le choix de sortir un album de reprises est en définitive une option facile, et sécuritaire : investissement minimum, possibilité de surfer sur une mouvance. Et justement, les USA vivaient un renouveau punk/hardcore, sauf que les héros des jeunes s'appelaient alors
Green Day ou
Offspring. Avec des reprises punk,
Slayer pouvait faire parler de lui en montrant ce style, dans ses racines, dans son esprit originel, et donner une claque à tous ces petits cons qui se gavent de pop en se disant punk, ne manquerait pas d'ajouter
Kerry King.
Et en définitive, c'est là que le bât blesse.
Undisputed Attitude est souvent trop extrême et des compositions punk franchissent la frontière pour virer hardcore, le chant est une beuglante continuelle et décidément, trop monotone.
Tom Araya n'arrive pas à imprimer cette gouaille propre au punk, ces voix hors du commun, crados à souhait. Malgré la vitesse d'exécution, ça reste encore trop propre, mais ce son clean se planque derrière une brutalité sans faille pour illusion...
Jeff Hannemann, c'est le keupon de service chez
Slayer. Celui qui a éduqué Kerry King dans ce domaine. On peut se demander les raisons de la présence de morceaux composés par le blond guitariste au début des '80 pour un projet parallèle, mais
Can't Stand You et
Ddamn sont là, vestiges de la période
Pap Smear. Auto-suffisance ?
Heureusement, il y a quelques morceaux qui sortent clairement du lot, comme
I Hate You de
Verbal Abuse,
Sick Boy de
GBH (il faut dire que ces Anglais, seuls représentant de la perfide Albion sur ce skeud, évoluent dans un style assimilable pour un groupe de thrash)...
I Gonna Be Your God des
Stooges porte à caution. Musicalement satisfaisante, les paroles virent bêtement redneck. Kerry King le dira plus tard :
Slayer chanter
I Gonna Be Your Dog ? Jamais !
Et puis il y a
Gemini. Un morceau original de
Slayer, lorgnant cependant vers du
Black Sabbath. Titre malsain au possible, dont la lenteur initiale fait office de reptation infernale, tel un python s'apprêtant à enserrer sa proie. La montée en puissance est irrésistible, avec un Paul Bostaph qui fait parler la double pédale tandis que tout le groupe semble sortir de sa léthargie pour un final apocalyptique. Un très grand morceau de
Slayer, qui aurait mérité une place sur un véritable album studio et qui vaut à lui seul l'achat de ce disque.
L'idée initiale était de sortir un album de reprises conventionnel, pas forcément attaché au punk. Un album de reprise qui contenait tout ce qui avait fait
Slayer, passant du punk aux Doors. Mais les choses se sont déroulées autrement et passé le défouloire initial, il reste un sacré bordel sans relief. Dommage, car mieux pensé, le projet aurait pu être plus sympa.