Retour à l'accueil
Chronique
Chroniques :: Chronique de Divine Intervention

Chronique de Divine Intervention

Slayer  - Divine Intervention (Album)

 7 
10

Pas si divin que ça...



Il est certain que le départ de Dave Lombardo allait diviser les fans. Qui pouvait décemment prendre la place d'un des batteurs les plus emblématiques du thrash, voire LE plus emblématique, celui qui traumatisa des générations entières avec l'intro du mythique Raining Blood? Et quand les trois rescapés de l'Apocalypse annoncent en vrac que le remplaçant sera Paul Bostaph (Paul qui ? Ah ! le batteur de Forbidden ! Forbiqui ?) et surtout que le nouvel album sera un concept album sur les tueurs en série, le doute s'installe un peu partout dans la communauté metal.

Parce que la simple idée de Slayer s'essayant à un concept album a quelque chose d'humoristique. Parce que Forbidden était un groupe qui avait laissé passer sa chance à la fin des années 80 et, avec la mise au purgatoire du genre, était quasiment condamné à plus ou moins court terme. Bref, Slayer se place de lui-même dans une situation délicate, surtout que de son côté, Lombardo leur met gentiment la pression en présentant son nouveau groupe, Grip Inc. Ceci dans un contexte où, comme il en a déjà été fait mention, le thrash n'a plus la même influence vu que le death metal, qui le dépasse en termes d'extrêmisme et de brutalité...

Alors quand Divine Intervention est sorti, beaucoup restaient sceptiques. Pourtant, le travail de Paul Bostaph est très bon derrière les fûts, même s'il n'a pas tout à fait le feeling si particulier de son prédécesseur (d'ailleurs, comme pour conjurer le sort, le disque s'ouvre avec une introduction où le batteur peut pleinement s'illustrer). Mais le rendu laisse dans un premier temps dubitatif. On est loin de la hargne misanthropique d'un Reign In Blood ou de l'univers absolument glauque et malsain d'un Seasons In The Abyss, ou même du côté presque raffiné d'un South Of Heaven. Au contraire, on se retrouve face à un album qui semble hésiter sur la voie à suivre. On ne peut pas vraiment parler de concept à ce niveau d'ailleurs, sauf au niveau des paroles qui tournent autour du sujet : vous aimez les tueurs en série ? Vous allez en bouffer ! Cependant, Slayer navigue principalement entre deux styles de compositions. D'un côté, on a les titres directs, frondeurs, qui tirent plus que jamais leur inspiration de la scène punk/hardcore US (Dittohead en est l'exemple le plus frappant : rythme de fou, riffs d'une précision chirurgicale, texte vomi de la part de Tom Araya, certainement l'une des grandes réussites de cet album). De l'autre, on découvre une série de compositions que l'on pourrait qualifier d'ambitieuse. Certains y collent le terme "progressif". Si cela n'est pas tout à fait faux, ce n'est pas non plus l'adjectif le plus approprié. Les constructions prennent leur temps, se développent sur la durée, avec des pics de violence et des passages plus narratifs, où Araya module son chant de bien belle façon, créant un contraste entre ses hurlements et ces moments plus mélodiques (toutes proportions Slayeriennes gardées). Ainsi, le morceau-titre, ou encore 213 (le titre fait référence au numéro d'appartement de Jeffrey Dahmer, cannibale qui avait créé un climat de terreur au début des années 90 et qui se fera assassiner en prison quelques mois après la sortie de cet album par un co-détenu qui, par un hasard troublant, était en famille avec l'une des victimes du serial killer) ne démarrent pas au quart de tour et s'installent sournoisement, créant un climat qui colle bien au sujet. Sur ce point, Slayer ne s'est pas raté.

Cependant, sentant que le thrash '80 n'est plus en odeur de sainteté, Slayer a essayé de faire évoluer le son du groupe, sans pour autant parvenir à un résultat bien motivant. On peut reprocher une certaine redondance à l'ensemble. Les riffs deviennent rapidement répétitifs sur les titres rapides et on ne sait plus où l'on en est. D'où une impression de déjà entendu rébarbative peut envahir l'auditeur au bout d'une vingtaine de minutes. Divine Intervention est un disque décevant sur ce point, tout en restant encourageant sur d'autres, cités plus haut.

Les années 90 prennent une sale tournure pour Slayer qui va entrer en pleine crise existentielle. Avec un album violent mais timoré dans la démarche, face à la concurrence du death et d'une nouvelle vague thrash qui se profilait de façon avantageuse ( Machine Head), le groupe traîne la jambe, comme un animal blessé. Cependant, passé quelques défauts, Divine Intervention n'est pas un mauvais album, bien au contraire. Il y a des idées, une certaine forme d'inventivité sur les titres complexes, mais le mortier pour maintenir le monument en place reste friable, on devine un manque de sérénité derrière tout cela. Un groupe attendu au tournant et qui ne parvient pas à relever le challenge. Alors ne boudons pas l'arrivée de Bostaph qui est l'une des révélations de ce disque et prenons notre pied sur les bons morceaux, ce sera le dernier bon album de Slayer avant... ben depuis 1994. Mais à cette époque, on ne le savait pas encore, ce qui a contribué à enfoncer cet album mal-aimé.



Chroniquer cet album

Avis des chroniqueurs :  
Prométhée  



Chronique précédente

Tout

Chronique suivante


Commentaires


Je dirais 7 ou 6.5, bon mais fade.
mar. 14 avril 09- 13:01  

Divine Intervention - Infos

Voir la discographie de Slayer
Infos de Divine Intervention
acheter sur Amazon
Sortie : 27 septembre 1994
Genre : Thrash Metal
Playlist :
voir paroles : Voir les paroles
1. Killing Fields (03:57)listenparoles de Killing Fields
2. Sex, Murder, Art (01:50)à écouter en premierécouterparoles de Sex, Murder, Art
3. Fictional Reality (03:37)à écouter en premierécouterparoles de Fictional Reality
4. Dittohead (02:30)listenparoles de Dittohead
5. Divine Intervention (05:33)culte !culte !écouterparoles de Divine Intervention
6. Circle of Beliefs (04:29)paroles de Circle of Beliefs
7. SS-3 (04:06)paroles de SS-3
8. Serenity in Murder (02:36)à écouter en premierécouterparoles de Serenity in Murder
9. 213 (04:51)à écouter en premierlistenparoles de 213
10. Mind Control (03:04)paroles de Mind Control
écouter : Ecouter l'album



Slayer

Slayer
Slayer
Voir la page du groupe
Création : 1981
Genre : Thrash Metal
Origine : États-Unis

Concerts:
Rapports de concerts:



Groupes en rapport


Albums chroniqués :
Chronique de Stomp 442
Stomp 442
1995

Chronique de Stomp 442
Stomp 442
1995

Chronique de Persistence of Time
Persistence of Time
1990

Chronique de State of Euphoria
State of Euphoria
1988

Anthrax
Anthrax
Voir la page du groupe
Création : 1981
Genre : Speed Metal
Origine : États-Unis

Concerts:
Rapports de concerts:

Megadeth
Megadeth
Voir la page du groupe
Création : 1983
Genre : Thrash Metal
Origine : États-Unis

Concerts:
Rapports de concerts:

Albums chroniqués :
Chronique de Death Magnetic
Death Magnetic
2008

Chronique de The Day That Never Comes
The Day That Never Comes
2008

Chronique de St Anger
St Anger
2003

Chronique de St Anger
St Anger
2003

Metallica
Metallica
Voir la page du groupe
Création : 1981
Genre : Thrash Metal
Origine : États-Unis

Concerts:
Rapports de concerts:

Albums chroniqués :
Chronique de Bonded by Blood
Bonded by Blood
1985

Exodus
Exodus
Voir la page du groupe
Création : 1980
Genre : Thrash Metal
Origine : États-Unis

Rapports de concerts: