Le nouvel album de
Comédie Macabre, "Deathperantis", est disponible depuis le 1er août 2009, et c’est le deuxième album longue durée du groupe après un premier album, « Blasphemia », paru en 2007. Le trio parisien compte également à son actif une démo parue en 2005, « Agnus Dei », ainsi qu’une participation à un album tribute en hommage à Christian Death, où le combo parisien donnait sa version de la chanson « Dogs » . Il est utile de noter que
Comédie Macabre n’étant pas signé, ce «
Deathperantis » est totalement autoproduit, qu’il a été enregistré et mixé par L.C.F. (guitariste, chanteur et principal compositeur du groupe), tandis que l’artwork a été réalisé par Mina (claviers et chœurs). C’est tout à l’honneur d’un groupe qui, depuis sa création, a évolué dans un genre musical metal d'inspiration gothique tout aussi bien influencé par le doom que le black symphonique.
Dès le début de la première chanson, le groupe annonce la couleur (une couleur qui tend plutôt vers le noir en l'occurrence), avec ses sons et chuchotements inquiétants précédant l'arrivée d'un clavier malsain. Ce dernier, loin d’être utilisé plus ou moins aléatoirement en balançant quelques notes ou quelques nappes de ci de là, va d'ailleurs s'avérer être véritablement un instrument central, et son omniprésence apporte un impact indéniable à l’ambiance sombre et ténébreuse que
Comédie Macabre s’efforce de créer avec cet album. Malgré cette place centrale accordée aux claviers et à une ambiance résolument gothique,
Comédie Macabre n’en a pas pour autant oublié les guitares en chemin, et agrémente ainsi son univers musical funèbre de riffs lourds et accrocheurs à la manière d’un
My Dying Bride, par exemple.
Le chant, grave et monocorde, participe également de l’ambiance distillée par les Parisiens, qu’il soit clair comme la plupart du temps, qu’il soit plus rauque et éraillé, rappelant des vocaux black, ou bien qu’il s’agisse des chœurs féminins ou de chuchotements inquiétants. On pense parfois à la voix de Nick Holmes (
Paradise Lost), ou à celle d’Aaron Stainthorpe (
My Dying Bride), même si le chant pêche, sur quelques passages, par manque de relief. Par exemple, la voix black sur la chanson titre de cet album est une vraie réussite, tout comme la chanson en elle-même d’ailleurs, mais les parties claires manquent peut-être un peu d’inspiration. Les paroles, bien qu’elles restent dans des thématiques très classiques, n’ont pas l’air d’avoir été écrites à la va-vite pour autant, et leur présence dans le livret permet une plus grande immersion dans l’univers du groupe.
Quant à la batterie, au son quelque peu « synthétique », elle aurait peut-être mérité d’être parfois mise davantage en avant, que ce soit pour ce qui est du son ou de la présence plus généralement. Pourtant, sur une chanson comme « Countess of the Shapeless Skin » par exemple, la batterie semble directement mise au service de l’ambiance, avec sa rythmique saccadée sur le refrain, qui vient renforcer l’atmosphère angoissante et sinistre de la chanson.
De manière générale, le rôle du chant comme celui des instruments se fond de façon cohérente dans le registre de
Comédie Macabre, et l’ensemble créé, relativement simple et dépouillé, forme un tout compact et renforce l’impression que ce disque dégage, à savoir une noirceur glauque et lancinante. Une certaine ambiance baroque n’est pas sans rappeler un groupe comme
Anorexia Nervosa, que ce soit à travers l’utilisation des claviers (orgues, clavecin, parties orchestrales grandiloquentes) ou les références à des thématiques très Renaissance comme on peut le voir dans un titre tel que « New Wave Aristocrate » ou dans l’interlude « Versailles La Romantique », qui permet de faire une pause entre les très oppressantes « Sword Of Requiem » et « Mascarade Of The Tortured ». Le groupe utilise également des bruitages (cloches, pluie/orage en introduction sur "Deathperantis" à la manière d'un
Black Sabbath sur la chanson du même nom), et claviers et synthés (orgue d’église, chœurs) entretiennent la dimension mystique et sombre de cet album en apparence simple, mais qui se révèle en réalité plus complexe qu'il n'y paraît, plusieurs écoutes semblant nécessaires pour s'en imprégner réellement.
Il est donc notable que l’ambiance est prépondérante et constitutive de l’identité musicale de ce «
Deathperantis », mais cet album ne tombe pas pour autant dans l’écueil qui serait de délaisser la musicalité pour se concentrer uniquement sur l’atmosphère . Les compositions sont réellement travaillées, les soli de guitare comme les parties de claviers, sont convaincants et réussis. Des chansons telles que « Doctrine du Sacré Cœur », « Sword Requiem » ou encore l’outro « Cosmic Alchemy » sont des compositions réellement abouties. Pour terminer, l’artwork, à l’image de la musique, est relativement simple et pas révolutionnaire, mais néanmoins réussi et colle parfaitement à l’ambiance de l’album.
Comédie Macabre livre donc un bon album de metal gothique lorgnant vers le black et le doom, qui s’il n’évite pas toujours complètement de faire du déjà vu ou de se répéter, s’en sort quand même avec les honneurs, dénote une vraie personnalité et rappelle si c’était nécessaire qu’il existe dans notre pays un certain nombre de formations metal peu connues, mais dignes d’intérêt et qui mériteraient amplement d’être signées.