La pièce qui suit le « chef-d’œuvre » est sans aucun doute l’étape la plus compliquée pour un groupe, qui se doit – en plus de produire une œuvre de qualité comparable – combler les attentes d’un public dont les exigences ont triplé. Pour
Arkona le cas est presque similaire, à la seule différence que l’excellent «
Vo Slavu Velikim » n’a pas réussi à faire passer les musiciens au rang de groupe majeur du genre. Avec «
Ot Serdtsa K Nebu », le groupe doit donc confirmer son potentiel et tenter de s’affirmer un peu plus dans la scène internationale …
Il n’y a pas d’erreur possible. Dès les premières notes de l’album on reconnait les cinq russes d’
Arkona. Ces sonorités typiquement slaves, cette ambiance shamanique et ce fameux timbre féminin - d’autant plus intense qu’il est symbolique - semblent être le moteur du groupe. Ces sonorités sont reprises dans «
Ot Serdtsa K Nebu » mais redécouvertes sous un aspect plus sombre et planant qu’elles ne l’étaient dans l’opus précédent.
Même recette donc, à quelque détails près. Car dans l’ensemble, cet album se fait moins inspiré que «
Vo Slavu Velikim » et
Arkona y aurait gagné à produire une oeuvre plus concentrée. Celle-ci se est malheureusement trop hétérogène et les bonnes idées sont dispersées parmi les quatorze titres qui figurent sur l’objet en question. Ainsi on voit mal l’utilité de mettre autant de morceaux alors qu’aucun d’eux, pas même le rageur « Pokrovy Nebesnogo Startsa » ni la majestueuse « Oy, Pechal-Toska », ne sont en passe d’égaler la magnifique « Skvoz' Tuman Vekov » - titre maître de l’opus précédent .
Si l’opus est plus sombre, il est aussi plus lancinant, mou et trainard. Tout d’abord il souffre d’importantes longueurs dues en partie à des passages atmosphériques sur lesquelles les musiciens s’attardent et qui, si elles contribuent à mettre en place une ambiance spécifique, sont source d’ennui. Ensuite
Arkona accentue sa tendance Black metal et multiplie les riffs moins inspirés.
Ainsi on perd ce charme que l’on trouvait dans la résonnance tout particulière de l’opus précédent. Les pièces de «
Ot Serdtsa K Nebu » sont linéaires et les rythmes moins sautillants et pétillants d’énergie que sur l’excellent «
Vo Slavu Velikim ». Album sur lequel je suis forcé de me rapporter puisqu’il est jusqu’alors le chef-d’œuvre du groupe, signe de maturité et d’inspiration musicale
Quoi qu’il en soit ne dramatisons pas, «
Ot Serdtsa K Nebu » n’est pas un mauvais album. Comme dit précédement, nombre de passages efficaces sont là pour remonter le niveau global de l’œuvre, témoignant tant bien que mal de la réelle créativité du groupe et de sa recherche d’originalité. C’est toujours un plaisir de savourer ces chœurs profonds où se mêlent maintes voix féminines, et ici (grande première) masculines. Ces voix d’une intensité et d’une originalité que l’on ne trouve nul-part ailleurs dans le Pagan metal
Arkona nous gratifie donc encore une fois d’un Folk metal riche et plutôt inspiré où guitares saturées et instruments folklorique chantent en chœur. Retour dans les contrées anciennes et reculées de la terre de Russie où des hordes animistes affrontent chaque jour la fureur d’une nature froide et impitoyable, tout en s’efforçant de vivre en harmonie avec elle.
Ah, le patriotisme ! A voire les textes du groupe, la mère Russie semble être au cœur de leurs préoccupations. C’est ainsi qu’
Arkona développe une forte imagerie identitaire, ce qui n’est pas surprenant pour un groupe de Pagan metal d’ailleurs …
Dans “
Ot Serdtsa K Nebu” il y a à prendre et à laisser. L’œuvre, qui s’inscrit clairement dans le sillage de la discographie antérieure du groupe, parait comme un «
Vo Slavu Velikim » essoufflé et usé. Et si cet opus ne fait pas une tâche dans le palmarès du groupe il fait bien pâle figure comparé au chef-d’œuvre qui le précéda. Rajoutons que comme tout les albums d’
Arkona, ce disque fut accompagné d’une distribution/promotion médiocre qui ne contribua pas à faire s’imposer les musiciens dans la scène internationale.