Pour beaucoup de fans, le meilleur album de
Slayer se situe forcément entre 1983 et 1990, soit l'âge d'or du thrash. Simple coïncidence ? Peut-être pas car avant que le death ne vienne s'imposer définitivement, le genre issu de la Bay Area était le métronome de la brutalité sur la scène metal. Si Reign In Blood semble toujours avoir la préférence de nombreuses personnes, ce Seasons In The Abyss est loin de laisser indifférent également. Il faut dire, il a les arguments nécessaires pour faire pencher la balance d'un côté comme de l'autre.
Ceux qui ont apprécié la leçon de brutalité que fut Reign In Blood à l'époque y trouveront leur compte à moitié, ceux qui on adhéré au discours plus construit de South Of Heaven accrocheront à l'autre moitié. Seasons In The Abyss, ce pourrait donc être un disque qui divise mais en ai, il tire sa force de ce qu'il prend de meilleur dans les deux mondes pour créer une espèce de synthèse, en totale osmose avec l'esprit
Slayer de l'époque.
Encore une fois, c'est un
Jeff Hanneman en état de grâce qui étale son talent tout le long de l'album. Le blond guitariste a parfaitement assimilé ses influences, partant du punk et du heavy metal, pour en arriver à un thrash modulé, mais sans concession. Il semble aussi à l'aise sur les tueries faîtes de vélocité, où
Dave Lombardo donne une véritable démonstration de violence derrière ses fûts en alimentant les compositions de breaks et de contre-breaks dont lui seul a le secret que sur des mid tempos écrasant et angoissant. Entre
War Ensemble et
Dead Skin Mask, nous nous retrouvons dans deux univers très différents. Le premier porte la marque d'un radicalisme brutal, sur lequel
Tom Araya donne de la voix, hurlant plus que chantant, mais de manière compréhensible. Dans le second univers, on est littéralement pris aux tripes par une ambiance des plus malsaines, qui nous happe pour nous entraîner dans les tréfonds de l'horreur. Deux styles, deux facettes d'un groupe unique qui s'affrontent sur le même disque en parfaite harmonie. Paradoxal ? Pas tant que ça.
Slayer a juste progressé, profitant de son expérience et de la capacité d'Hanneman à ne pas camper sur ses positions.
Seasons In The Abyss est une porte ouverte vers les Champs Elysées. Pas ceux de Paris, ceux de la mythologie, sombres et peuplés de morts, avec une vision
macabre très proche de ce que l'on retrouve dans Hellblazer : occulte, morbide, anesthésiant. Les compositions rapides et brutales ne se succèdent pas, il y a une intermittence entre la force et le malaise, qui lui est toujours plus posé. Un contraste puissant, qui ne fatigue jamais tant il met l'auditeur en condition. La fin de
Dead Skin Mask est lugubre à souhait, l'étrange
Skeletons Of Society ne l'est pas moins avec ses refrains discordants.
C'est à force d'écoutes répétés que l'on comprend toutes les subtilités d'un tel disque et surtout, tout le travail nécessaire pour en arriver là. Terminer la ligne directrice,
Slayer s'émancipe de son passé. Entre la brutalité sans faille de Reign In Blood et l'aspect plus policé de South Of Heaven,
Slayer a tranché et ce sera le juste milieu pour proposer un album sans les quelques ailles des deux précédents. Et c'est peut-être pour cette raison que certains pensent qu'il s'agit du meilleur opus e la bande de
Kerry King.
A l'époque où
Megadeth inventait le thrash commercial, où
Testament,
Exodus et
Anthrax s'enlisaient doucement et où
Metallica s'apprêtait à faire du heavy metal,
Slayer revient avec son disque le plus aboutit et offre là la gifle la plus concrète qu'il pouvait infliger à ses fans. En Europe, seul
Kreator semblait encore en mesure de pouvoir rivaliser avec les américains. Une question reste sans réponse : comment
Slayer a-t-il pu laisser s'échapper un trône qui lui était quasiment promis ?