Luca Turilli est un bourreau de travail. En 2006, il réussit le tour de force de proposer un album de
Rhapsody Of Fire, de clore la trilogie épique parue sous son nom propre et de venir avec un nouveau projet,
Luca Turilli's Dreamquest. Son prénom et son nom n'étant apposés que pour éviter tout conflit avec le groupe français Dreamquest - l'aventure Rhapsody a laissé des traces.
Jetons un coup d'oeil rapide à la pochette : elle est assez moche. Derrière la jeune femme aux roses, la ville semble moderne. Faut-il y voir le premier indice d'une volonté de proposer autre chose qu'un heavy épique et symphonique dans la lignée de ses autres projets ? Quand on s'attarde sur le livret à proprement parler, on découvre un Luca Turilli au piano, ou allongé à côté d'un chandelier, ou encore tenant une rose dans ses mains. Doit-on s'attendre à un traitement... romantique ? L'Italien allait-il renouer avec ses origines et nous faire le coup de Casanova ?
En fait, ce projet est bien plus complexe qu'il n'y parait au premier abord. Turilli délaisse ici la guitare pour se concentrer sur les claviers. La six cordes revient au Français Dominique Leurquin (qui assurait déjà la seconde guitare live avec Rhapsody) tandis que le chant est assuré par l'énigmatique Myst. Il semblerait qu'il s'agisse en fait de Bridget Fogle, qui avait déjà assuré quelques parties sur son autre groupe solo (ça va, vous suivez ?). Voilà pour la base. Les autres musiciens semblent simplement avoir donné un coup de main pour l'enregistrement, comme Sascha Paeth à la basse par exemple.
Que vaut Luca aux claviers ? Staropoli peut dormir sur ses deux oreilles, sa place au sein de
Rhapsody Of Fire n'est pas prête d'être remise en cause. Si Turilli n'est pas franchement mauvais dans cet exercice, il est loin d'être un virtuose. Ses parties sont variées, alternant des lignes mélodiques et symphoniques avec un langage plus electro (comme sur le single
Virus). L'une des influences majeures apparait clairement être
Nightwish tant ce projet semble faire du pied aux fans du combo finlandais. Myst possède une voix superbe, puissante et harmonieuse. Capable de se faire force puis d'évoluer vers des registres plus lyriques, elle est un atout maître de cet album. La guitare semble du coup secondaire. Bien sûr, elle s'invite, elle est présente, mais jamais elle ne viendra s'imposer durant un grand solo ou sur une ligne rythmique ahurissante. On reconnait bien là la "touche"
Nightwish exploitée sans grandiloquence.
Luca Turilli's Dreamquest reste accessible et n'en fait pas trop. Sans orchestre derrière lui pour le booster, Turilli montre qu'il sait également obtenir des résultats plus que satisfaisant avec une équipe réduite.
Bien sûr, tout n'est pas pour plaire sur cet album. La fin a d'ailleurs tendance à s'enliser dans une espèce de routine jusqu'à un
Gothic Vision qui vient porter l'estocade finale de bien belle manière. On regrettera également l'utilisation récurrente de phrases en latin dans l'oeuvre de Turilli, gadget censé donner une dimension épique mais qui se révèle inutile ici. Le chant de Myst se suffit à lui-même (écoutez les choeurs somptueux de
Frozen Star). Bref, même dans le renouvellement, notre Italien préféré après Aldo Maccione et Francesco Totti a recours à un recyclage de certaines de ses idées. Un point délicat pour ceux qui connaissent bien son oeuvre car cet album devient alors difficile à dissocier d'un ensemble.
Tout n'est pas parfait, mais l'important reste que l'on prend facilement son pied en écoutant ce disque. Une escapade plutôt réussie dans le royaume d'un metal qui hésite entre le gothique et le symphonique, avec un modèle évident. Appréciable à défaut d'être innovant.