Ce quatrième album d'
Elis pourrait être distribué avec un guide pour faire soi-même un album de metal gothique à chanteuse tant les recettes sont ici reprises avec application. Il suffit de s'attarder sur le single
Show Me The Way, entraînant avec son refrain presque enjoué, pour s'en rendre compte. Une ligne mélodique simple, un chant angélique et l'affaire est dans le sac. Bien sûr, ça et là, on a droit à des envolées lyriques, des choeurs plus poussés avec une approche plus symphonique. Evidemment, l'on n'échappe pas aux interventions de voix typées death metal (
The Burning). Classique de chez classique.
Si l'on ajoute à cela quelques griefs (!) comme une chanteuse un peu limitée (on est loin d'une Liv Kristin ou d'une Floor Jansen), une paire de guitaristes qui s'en sortent en solo mais qui ne parviennent pas à proposer de rythmiques vraiment intéressantes (la guitare sur les couplets est vraiment réduite à un strict minimum qui aura tendance à rapidement devenir redondant), ainsi qu'une reprise (pour la version digipack) du
Heaven And Hell de
Black Sabbath qui ne restera pas gravée dans les mémoires, c'est bien mal parti pour le groupe du Liechtenstein. Surtout que l'album se veut conceptuel mais qu'il ne le fait pas savoir ; il n'y a guère de liens logiques entre les chansons, aucun interlude qui permettrait de faire une jonction. Pour ceux qui essayent de suivre avec les paroles, l'exercice se complique douloureusement quand deux titres se profilent dans la langue de Goethe...
Et on pourrait continuer longtemps à descendre le groupe et l'album en général. Mais arrêtons d'être médisants un instant pour se pencher sur les qualités mêmes du disque, car il en a. S'il n'est pas original pour un sou et s'il aura du mal à se détacher du peloton des opus de metal gothique, il demeure agréable. Des mélodies viennent caresser les oreilles, de temps en temps guidées par un violon enchanteur, le rendu sait également se faire plus heavy quand le batteur martèle furieusement ses fûts et que les guitares se déparent de leur style monotone.
Sabine Dünser, si elle ne sera parvenue à atteindre le talent de ses concurrentes dans le milieu, possède un joli filet de voix, agréable à l'oreille, doux et comme précisé plus haut, angélique.
Il est également difficile d'être trop vindicatif à l'égard de cet album. On est en droit de ne pas l'aimer, de l'ignorer ou de le laisser prendre la poussière sur une étagère, mais on aura toujours du mal à être totalement cruel à son égard. Car quelques mois avant sa sortie, Sabine Dünser est morte d'une hémorragie cérébrale en pleine répétition. Cruauté du sort, fatalité, destin funeste. Un incident impossible à prévoir, qui la condamnait. La Faucheuse est venue prendre son dû, elle n'avait que 29 ans... Pour elle, cet album était comme son bébé, elle s'était énormément investie et les musiciens ont décidé de le sortir car c'est ce qu'elle aurait voulu.
Griefshire n'est pas un grand album, dire le contraire serait finalement manquer de respect pour la mémoire de Sabine car ce serait mentir. Appréciez-le pour ce qu'il est : un disque de metal gothique sympathique, mais pas transcendant, et souhaitons bonne chance au reste du groupe pour la suite de leur carrière.