C'est incroyable comment certaines formations, pourtant très inspirées et bourrées de qualité, ne parviennent pas à obtenir le succès qu'elles méritent... Pour preuve, les finlandais d'
Ikuinen Kaamos, pratiquant un Black épique, mélodique et surtout progressif. Une musique qui paraît complexe de prime abord, mais qui révèle toute sa beauté le long des compositions de The Forlorn, premier opus du groupe, paru en 2006.
Après un certain nombre de démos,
Ikuinen Kaamos a su retenir l'attention du label Descent Production, voyant en lui un groupe talentueux, mature et plutôt original...
Et le label ne s'est effectivement pas trompé. The Forlorn, composé de cinq longs chapitres, est une véritable invitation au voyage: traverser de longs sentiers pour atterrir au cœur d'une forêt enneigée baignée d'une tragique mélancolie... Le tout s'apparente au concept même de l'album, retraçant la vie tourmentée d'un homme ayant involontairement pris la vie de sa femme et de son fils... Pas vraiment joyeux n'est-ce pas?
"Frailty" résonne, son intro touchante, ses breaks acoustiques expressifs et son Black mélancolique novateur n'ont aucun mal à peindre cette fresque musicale, devant un auditeur visiblement étonné par tant de professionnalisme pour une première sortie.
Les guitares, particulièrement mises en avant, deviennent l'élément le plus important dans la musique d'
Ikuinen Kaamos, puisque c'est avec cet instrument que le groupe se plaît à dessiner les contours de son
spectre musical. Le reste n'est là que pour appuyer les riffs: le chant tantôt criard, tantôt growlé (mais toujours réussi) donne une dimension tragique aux compositions alors que la paire basse-batterie se charge de les rendre plus sombres et épiques. Un clavier est là, tout en retenue, apportant tonne de détails, notamment dans l'élaboration des breaks acoustiques et atmosphériques ("Grace").
Très progressive donc, la musique d'
Ikuinen Kaamos est surtout expressive. Les riffs de "Grace" ou de "Ascent" le montrent bien, à la fois mélodiques et empreints d'une tristesse facilement palpable. On sent bien que le combo a un certain potentiel, même s'il n'est pas toujours aisé de le deviner sur certaines parties parfois maladroites. "Delusion" peut par exemple sembler bien simple après le génie mélodique (non, je n'insiste pas!) des pistes précédentes, alors que "Fall", bien que basé sur un riff alambiqué et mélodique, a du mal à prendre l'auditeur aux tripes. Et c'est bien dommage après un début aussi tonitruant...
La production et le mixage confiés aux East Voice Studios sont également un des points faibles de The Forlorn. Bien que possédant un grain propre, ils ne parviennent pas à donner à la musique d'
Ikuinen Kaamos toute la clarté qu'elle nécessiterait. Les parties Black semblent trop confuses, alors que les breaks acoustiques sont étonnamment limpides. En soi, cela ne constitue pas un défaut, mais cette différence de mixage donne l'impression d'un vulgaire "copier-coller" de différentes pistes...
Premier album pour les finlandais d'
Ikuinen Kaamos, première belle surprise. Même si The Forlorn n'est pas l'album du siècle, il a au moins le mérite de proposer une musique expressive, franche et vraiment bien construite. Malgré la longueur de ses morceaux, le tout dégage une cohérence intéressante, qui n'est pas toujours facile à trouver. "Frailty", "Grace" ou encore "Ascent" démontrent tout le talent de ces musiciens dans l'élaboration de longue compositions baignées dans une certaine amertume propre aux groupes finlandais.
La production, clairement défaillante, a tendance à déstabiliser le contenu de The Forlorn, cependant on sent bien qu'il y a là un réel potentiel...
Ikuinen Kaamos est certainement un grand à en devenir s'il persiste dans cette voie-là...