En affichant 21 ans au compteur en cette année 1996,
Iron Maiden pouvait fièrement regarder en arrière et voir tout le chemin accompli. Un petit groupe à l'imagerie forte, devenu le symbole du heavy metal dans les années 80, dépassant de la tête et des épaules la concurrence grâce à une série d'albums d'excellente facture. Bien entendu, on peut dire que certains sont plus faibles que d'autres, mais quelle carrière ! On leur pardonnerait presque le couac de
No Prayer For The Dying. Il était donc temps de sortir un best of retraçant tout cela, surtout que The X Factor, l'opus précédent, avait fait grincer des dents sur son passage.
Parce que la poule aux oeufs d'or, la air raid siren, ne fait plus partie du groupe ; elle a été remplacée par un
Blaze Bailey issu de la division 2 du metal (Wolfsbane). Et chez les fans purs et durs (enfin, ceux qui ont digéré le départ de Di'Anno 15 ans plus tôt), ça a du mal à passer. Maiden perd un pan de sa gloire, un de ses embellissements. D'où déception.
Aussi, Maiden fait les choses en grand. Ce
Best Of The Beast sort sous trois versions différentes : classique (et inutile), double CD (avec quelques passages sympa tirés des Soundhouse Tapes) et quadruple vinyle forcément plus complète avec des rareties et du Di'Anno. Et comme malheureusement la version classique est la plus répandue, c'est sur elle que porte cette chronique. La faute à pas de chance en somme.
La tracklist parle d'elle-même. Du classique en veux-tu en voilà, tous des singles qui ont cartonné lors de leur diffusion à peu de choses près. Une set-list presque convenue pour un concert à cette époque, même s'il manque
Sign Of The Cross sur ladite version. Evidemment, l'album Killers a été totalement occulté, au profit de morceaux avec Dickinson derrière le micro. Même [/i]Running Free[/i] sera la version live parue en 45 tours en 1985 pour promouvoir le
Live After Death. Bailey est mis en avant sur deux morceaux.
Man On The Edge, le single le plus immédiat, le plus traditionnel de The X Factor, et l'inédit
Virus. Composition qui propose une lente montée en puissance, elle aurait pu figurer sur l'album précédemment cité, son aura nauséabonde se propage doucement, sournoisement et colle à merveille à la noirceur de l'opus. Ce n'est pas forcément un titre génial, mais il remplit bien son rôle d'inédit et... de single bien évidemment !
Mais est-il bien utile de baver sur les morceaux qui composent ce best-of aux allures de
greatest hits déguisé ? Les versions studio permettent de bien apprécier l'évolution du groupe, rythmiquement, au niveau des
textures mêmes, avec des désirs de grandiloquence assumés et cette faculté de trouver la mélodie qui trottera longtemps en tête après écoute. Mais n'aurait-il pas mieux valu loger tout le monde à la même enseigne en proposant un seul produit, complet et riche, pour les fans et les néophytes ? Déjà que la pochette assez moche n'est pas un réel argument de vente (Derek Riggs a déjà été nettement plus inspiré...), écouler en grand nombre la version la plus simple et la moins riche a quelque chose de radin, voire mesquin.
Bref, si vous êtes un fan inconditionnel, recherchez les versions les plus riches, mais n'espérez pas vous en tirer à bon compte. Ceux qui ne connaissent pas du tout
Iron Maiden et qui veulent avoir un panorama assez complet de la période 1982-1995 peuvent se jeter sur cette version simple qui sera assez représentative. Les fans qui ne veulent pas se ruiner peuvent essayer de se trouver les deux singles de
Virus, version courte (classique) et version normale, ce dernier agrémenté notamment de deux reprises des Who et de UFO. Sinon, ce genre de produit avec un inédit a tout du piège à fans esseulés...