Parfois, les musiciens de
Deep Purple ont du nez pour les titres d'albums. A moins que ce ne soit les personnes chargées de la communication autour d'eux, publicistes et autres cadres des maisons de disque. Parce que, mine de rien, Nobody's Perfect est un live qui fait honte à ce pilier du hard rock,
The Battle Rages On, un opus studio qui réussit à démontrer l'antagonisme profond entre
Ian Gillan et
Ritchie Blackmore... et ce
Come Hell Or High Water n'échappe pas à la règle.
Parce que la tournée de
Deep Purple, entamée en 1993 et achevée en 1994, n'a pas été de tout repos.
Ritchie Blackmore ne faisait clairement plus partie du groupe, ce qui expliquait (mais ne pardonnait pas) ses caprices de diva, comme jouer autre chose alors que le reste du groupe suivait la set-list, quitter la scène avant la fin du show ou ne pas remonter pour les rappels. Bref, un cauchemar.
Le concert a été capté sur deux dates, celles de Stuttgart et Birmingham, quelques jours avant que Blackmore ne quitte une dernière fois la scène. Et le CD propose une set list classique de chez classique. Des morceaux entendus mille fois, à l'exception de
A Twist In The Tale (et non pas The Tail comme l'indique le verso de la pochette) et de
Anya. Si la première citée tranche étrangement avec le style du Purple à cause de son côté
Rainbow prononcé (
Spotlight Kid a été ainsi récupéré), la seconde est poussive, la faute à un chant qui a connu des jours meilleurs.
En effet, le chant de
Ian Gillan est usé, fatigué. Des années à hurler, un passage au sein de
Black Sabbath où il a fait n'importe quoi avec sa voix l'ont à jamais ternie, brisée. Et cela se sent dans le manque de gniak, de puissance.
Child In Time, qui avait marqué son époque par les cris de Gillan, n'est plus que l'ombre d'elle-même. Et c'est triste, limite écoeurant. Un monument s'effrite, tombe en ruine. Mais bon, inutile de tirer sur l'ambulance, le fait n'est pas nouveau. Les carences du chanteur ont déjà été pointées du doigt à l'époque de la reformation.
On pourrait pardonner à
Deep Purple des prestations vocales plus faibles. C'est une légende, en 1993 le groupe fêtait 25 ans de hauts et de bas. Mais voilà, le... rival (?) de Gillan,
Ritchie Blackmore, livre une prestation sans imagination. Et là, la comparaison avec le
Made In Japan s'avère assassine. Les soli, les jams, les improvisations, tout ce qui faisait de ce live une expérience proche de l'extase totale, perdent singulièrement en intérêt ici. On en viendrait presque à douter que ce soit le même groupe qui ait produit ces deux albums tant le fossé est énorme. On se souvient de tout ce qui faisait de Nobody's Perfect un live détestable. Et comme tous les enregistrements en public de
Deep Purple ou presque, cela marque la fin d'un cycle et cette fois-ci, c'est Blackmore qui s'en va, sans une once de regret.
Come Hell Or High Water est à prendre pour ce qu'il est : un témoignage de ce qu'était
Deep Purple à une époque difficile. Un groupe sans âme, miné par des querelles intestines et qui aurait pu (du ?) splitter définitivement plutôt que de devenir une caricature de lui-même. Il ne faut surtout pas comparer cet album avec
Made In Japan ou
Made In Europe, la déception n'en serait que plus grande. Bref, un divorce consommé. Et l'impossible de se produire...