Contrairement à une croyance populaire, Piledriver n'est pas le premier album de
Status Quo. Le groupe en avait déjà enregistrés quatre auparavant et fêtait ses dix ans de carrière au moment de la sortie de ce cinquième opus studio, peu de temps avant le Noël 1972. Mais il s'agit bel et bien de la première galette à dépasser le stade du simple succès d'estime, Vertigo, la nouvelle maison de disque du Quo, y ayant veillé en boostant sa communication.
Les musiciens eux-mêmes semblent conscients de ce qui plait au public : c'est cette énergie qu'ils délivraient lors de concerts remarqués, où la foule se déplaçait à chaque fois en plus grand nombre grâce à un bouche-à-oreille des plus flatteurs. Et cela, on le voit clairement sur la pochette, qui tranche avec les précédentes. Ici, on y voit les musiciens avec les cheveux longs, en train de faire un headbang furieux, courbés sur leurs instruments. Pour ceux qui ont vu le Quo sur scène dans les années 70, cette posture ne leur sera pas inconnue, c'était ainsi que la formation ouvrait ses shows, rassemblée au centre de la scène, un unique spot lumineux l'éclairant. Et la puissance dégagée par la jaquette est retranscrite sur album également :
Status Quo décide de s'auto-produire et de se doter d'un son live, plutôt rêche.
Musicalement, le groupe s'éclate en proposant un boogie woogie teigneux, agrémenté par des guitares très présentes, mariées à une section rythmique qui n'a pas perdu son sens du groove. Parfitt et Rossi peaufinent ici ce qui sera le style du Quo durant une bonne partie de la décennie : un hard rock cool, qui bouge bien, une invitation à danser et à s'éclater. Souvent directe dans son approche, la musique n'en est pas pour autant minimaliste. A la manière d'un
AC/DC, le hard rock de
Status Quo tire ses racines du blues et celui-ci n'est jamais loin. Ce qui peut sembler redondant pour certains fait partie du style et les deux groupes souffriront des mêmes préjugés (même si le combo australien connaîtra une carrière plus éblouissante).
Et justement, sur Piledriver, le Quo fait encore étalage d'une assez grande variété de compositions. Outre les boogies joyeux (
Don't Waste My Time sautillant ou le superbe
Paper Plane), il y a également des passages plus plombés, où les rythmiques se font plus lourdes (
Oh Baby ou le
Big Fat Mama qui ronfle bien) et d'autres où l'on retrouve l'inspiration des Beatles (
A Year,
All That Reasons)... Et quand le disque s'achève sur la reprise du
Roadhouse Blues des Doors, on se dit qu'on a passé plus d'une demi-heure à taper du pied au rythme des chansons. Le disque distille une bonne humeur contagieuse, chose qui devient rare de nos jours.
Si l'on retrouve toujours des traces du passé plus posé de
Status Quo, Piledriver amorce une nouvelle direction artistique pour les musiciens. Toujours pas prise de tête, simple dans l'approche et efficace. Un disque idéal pour rentrer dans l'univers dansant du Quo, même si l'on est encore loin de l'excellence imprimée sur d'autres opus à venir.