Bon. Les maisons de disque sont gentilles, mais à force d'abuser, elles perdent le bras de fer qui les opposent aux consommateurs, c'est à dire toi, moi, nous. Parce que dès qu'un groupe obtient un succès inespéré et qu'il vend un album par palettes entières, on a droit à un album live dans la foulée, même si ledit groupe n'a sorti que deux opus, comme ça a été le cas pour
Sonata Arctica ou
Children Of Bodom, ou un disque et demi si l'on se penche sur
Evanescence vu que leur première galette était passée complètement inaperçue.
Aussi, pour faire passer le suppositoire un peu plus facilement, le packaging est proposé dans tous les cas avec le CD et le DVD du concert et une pochette qui n'est pas trop dégueulasse. On ne peut pas dire que ça fasse songer à un concert, les ronces, mais l'esthétique est soignée et Wind-Up Records fait en sorte de ne pas voler les fans du groupe en proposant un produit unique à un prix acceptable. Merci à eux de ne pas avoir présenté divers formats foutage de gueule.
Ensuite, si on se penche sur le disque audio, on se rend compte que la set-list proposée reprend la quasi intégralité de l'album Fallen ainsi que quelques titres de
Origin. De quoi savoir dans quelle direction le groupe compte nous emmener. Et si en live ça sonne plus heavy, que la voix d'
Amy Lee sonne plus rock car ne bénéficiant pas des retouches studio, on se dit que ça peut le faire. Disons que ça fait illusion. Sur les deux premiers titres, au moins. Parce que le départ est écrasant, bien plus puissant que sur album, on en regretterait presque que
Ben Moody ne fasse plus partie du groupe qui connait son instant de gloire, même si le départ est hésitant, timide de la part de la chanteuse. Ensuite, on est content qu'il ne soit pas un des acteurs de cette prestation sans âme qui régie le show d'
Evanescence. Cela manque de fougue, de puissance, avec des guitares rendues stériles par un son trop en retrait. Là où elles devraient faire la loi, elles se contentent de laisser tout l'espace possible et imaginable à Amy Lee qui est le centre névralgique. Tout passe par elle. Les quelques rares émotions quand elle se met au piano, l'attention du public quand elle chante.
Et quand le groupe décide de prendre des risques, c'est en reprenant
Thoughtless de
Korn, sympathique, sans plus, un exercice de style qui colle bien à la musique d'
Evanescence (si l'on ne sait pas qu'il s'agit d'une cover, on pourrait croire qu'il s'agit d'un inédit). Sinon, c'est trop calibré pour être excitant. Ce qui n'empêche pas le public parisien de prendre apparemment son pied (le concert a été enregistré au Zénith). Mais quand on entend les voix de fausset qui reprennent en choeur les refrains, qui hurlent leur joie au début où à la fin des morceaux, on se dit, dépité, qu'il y a quelques années, ce public devait faire pareille fête à des boys bands. C'est trompeur. Le parterre de fans a l'air jeune et il apparait du coup bien facile de créer une ambiance de folie.
Le CD s'achève également par un morceau inédit cette fois-ci, un studio du nom de
Missing qui est à rapprocher des ballades de Fallen. En une heure, on a fait le tour de ce skeud qui laisse un sérieux goût d'inachevé. Les héros modernes semblent fragiles et en définitive, incapables de sortir du carcan des versions studio. La folie n'existe pas. Ou alors dans les bonus de la version DVD. S'il reprend le concert en éclipsant le bonus studio, il propose également quelques clips (ceux de Fallen, bien sûr) et des séquences backstage qui feront rire les jeunes et qui déplairont aux plus vieux pour le côté adolescent névrosé et destructeurs de loges. On y apprendra aussi d'où vient le titre de l'album par une phrase hautement philosophique. Pas de sous-titres, mais vu le niveau d'anglais, ce ne devrait pas être trop difficile à comprendre.
Anywhere But Home arrive trop tôt dans la carrière d'
Evanescence qui se produit certes devant des fans qui ne jurent que par eux, mais il reste un groupe qui manque encore d'expérience. Après un album "coup de chance" (Fallen), la maison de disque aurait du éviter de sortir un album live sans magie.
Evanescence se contente de montrer qu'il est quelconque, qu'il ne sait pas encore donner vie à ses morceaux. Pour ceux qui aiment les live formatés. Ou pour ceux qui ont peur que Fallen soit trop soft pour eux.