On a déjà évoqué, en parlant de certains groupes et de leur musique, le terme « metal moderne » pour les définir. On parle notamment des poitevins
Hacride dont les essais apparaissent parfois comme en avance sur leur temps, en raison d’une recherche poussée sur la musique elle-même, amenant à une transcendance du genre. Si
Mindslaved est un groupe proche d’
Hacride, c’est alors pour une bonne raison : le groupe cherche à se forger un metal original et résolument avant-gardiste. Avec M. Franck Hueso à la production, responsable des derniers
Mistaken element et
Hacride et avec Adrien Gousset (guitariste d’
Hacride) en personne aux samples, T(h)ree se révèle-t-il être un EP de qualité ou simplement une production soignée ?
La base musicale de
Mindslaved se situe dans le Hardcore. Si le groupe tend à toucher à d’autres genres, notamment le Post-core ou le Death metal, il conserve une approche core de par le chant en particulier. Ce chant se révèle plutôt hargneux et efficace, appuyant des parties souvent très énergiques (« Seek for your self », titre résolument accrocheur avec son refrain aux relents de
Psykup par le chant typiquement core à double voix) ou d’autres plus libres, permettant de donner au chanteur le soin de la mélodie (« T(h)ree »). S’il est alors idéal pour la violence, il apparaît souvent trop redondant et perd de son attrait, la faute à un manque de variété rappelant le Post-core de
Cult of luna.
Reste alors la musique, primordiale dans un style qui se veut moderne. Alliant arpèges mélodieux, riffs Death, passages hardcore ou parties rappelant
Opeth, la musique de
Mindslaved est incroyablement riche et a le don de faire voyager l’auditeur. Parfois barrée et accrocheuse par la puissance (« Seek for your self »), progressive dans l’émotion (« Ischiopagus ») ou tout bonnement intense dans l’atmosphère dégagée par les mélodies de guitares et les samples d’Adrien, elle est l’élément le plus intéressant du groupe, à défaut du chant trop monocorde.
Mindslaved se permet même quelques originalités dans son style, sur la très expérimentale « T(h)ree » notamment, où les guitares saturées tentent en vain d’écraser par un martèlement industriel des parties acoustiques qui éclosent en une envolée aux touches flamencos plutôt surprenante. Un dernier morceau tout en finesse et qui témoigne le plus, avec « Ischiopagus », de la qualité de composition de
Mindslaved.
Un excellent EP que ce T(h)ree. Véritable preuve d’un potentiel que l’on s’attend à savourer plus encore, ce troisième essai du groupe approche sans exagérer la qualité d’un album et surtout, l’aisance d’un groupe professionnel. Si le chant aurait pu gagner en variété et si l’on aurait aimé disposer des paroles, certainement engagées au vu du titre de l’EP, la musique, elle, est déjà d’une maturité surprenante pour un groupe amateur ; s’approchant d’un
Opeth par l’émotion, cotoyant un
Cult of luna pour l’atmosphère et rappelant
Psykup ou
Meshuggah pour la dimension barrée,
Mindslaved n’en reste pas moins un groupe qui a trouvé son style et qui est à part. Chapeau bas.