Ceux qui ont cru discerner une croix sudiste sur la pochette doivent déjà se dire que ça sent bon le southern rock. L'introduction de cet album doit rassurer ces fans qui ont usé les premiers
Lynyrd Skynyrd sur leurs platines, une musique proche de la country qui dessine un paysage où l'on imagine sans mal de vastes plaines bordées par les Appalaches. Il est tentant de fredonner
Sweet Home Alabama même si
The Sign Of The Southern Cross vient de la Caroline du Nord.
Et quand résonnent les premiers accords de
Huck Finn, on s'en prend une méchante dans la face. Ceux qui s'attendent à un southern rock classique en seront pour leurs frais. En effet, le power trio revendique clairement cette influence, mais ils avouent également un net penchant pour le bestial
Pantera et le heavy Corrosion Of Conformity. Et ça s'entend. Riffs gras, section rythmique carrée et groovy, basse qui vient alourdir le tout, chant travaillé au bourbon, le groupe ne fait pas dans la dentelle et offre une musique puissante, qui s'étale lentement, prend son temps pour faire sa loi.
Le chanteur alterne cris grumeleux et vocaux plus hachés et sa démarche peut paraitre un peu extrême par rapport au style développé. Un chant plus clair aurait pu faire l'affaire et quand il apparait, c'est pour montrer que
Seth Uldricks a plus d'une corde à son arc. Ainsi, un titre comme
Eating The Sun fait office de première pause dans le déluge sonore proposé par
The Sign Of The Southern Cross. Une ballade menée par la guitare acoustique, dans la grande tradition Skynyrdienne, avec quelques voix superposées pour donner une impression de choeur jamais trop envahissant. Une chanson étrangement dépouillée, la surprise est totale et agréable. Il y a également les deux morceaux de bravoure de cet album que sont
Scry et
The South Is Rising qui montrent un côté plus aventureux. Les musiciens n'ont pas peur de proposer des riffs saccadés, où la batterie se veut plus appuyée avant de revenir à ce son gras savoureux au détour d'un break. Les fans de
Down sauront apprécier. Les parties de guitare solo sont également généreuses, jamais trop longues, ni trop bavardes. Un son grave qui ne manque pas de fluidité en ces instants où il est mis en avant, encouragé il est vrai par une production qui a su capter la facette la plus heavy du groupe.
Cependant, le long des soixante dix minutes de cet album, il est difficile de ne pas remarquer quelques redondances. La lourdeur générale associée au chant caverneux fait que parfois les compositions peinent à se renouveler, à trouver une vie qui leur est propre. Ce n'est pas vrai partout, il y a effectivement des morceaux qui sortent indéniablement du lot, mais ils forment alors la partie émergée de l'iceberg. Le style vindicatif de Uldricks derrière le micro peut également fatiguer à la longue. N'est pas
Pepper Keenan ou
Phil Anselmo qui veut et les gueulantes répétées peuvent avoir un effet dissuasif sur l'auditeur lambda. Bref, avec un ou deux titres de moins et un peu plus de variété dans l'ensemble (musique ou chant),
The Sign Of The Southern Cross aurait pu faire très mal d'entrée de jeu, pondre un premier album tout simplement mortel.
Malgré ses défauts, ce power trio livre une prestation plus qu'honorable, une relecture du southern rock à la sauce metal, réussie dans ses grandes lignes. Sur scène, on devine déjà que
The Sign Of The Southern Cross sera une terrible machine de guerre, qui ne fera pas de quartier. Ceux qui n'en peuvent plus d'attendre la suite de In The Arms Of God de CoC peuvent se jeter dessus sans hésitation, les amateurs de
Pantera y trouveront leur bonheur également. En revanche, les fans de southern rock traditionnel feraient mieux d'y aller avec prudence, le discours est ici bien plus virulent. Une des révélations de 2009, sans aucun doute.