Graveland n’est pas seulement connu pour ses orientations politiques douteuses. Il est aussi connu pour ses pièces de Black haineux du début qui s’est peu à peu transformé en un Viking Pagan Metal grandiloquent et épique. Le EP Wotan Mit Uns avait annoncé discrètement l’arrivée de
Spears Of Heaven l’année suivante en 2009.
C’est avec un certain confort que l’on retrouve un
Graveland comme il nous avait quitté sur Will
Stronger Than Death. On peut même dire que ce nouvel opus s’inscrit dans la droite lignée du précédent, autant sur le plan visuel que sur le plan musical. En effet, la pochette, bien que d’un format différent, n’est pas sans rappeler celle utilisée précédemment sur Will
Stronger Than Death.
Ce nouvel opus s’annonce donc sans grandes surprises hélas, même si la qualité de composition mise en œuvre par Rob Darken est toujours aussi présente, avec ses orchestrations très percutantes, les chœurs féminins qui peuvent rappeler certains rites païens, etc.
Mais
Graveland a fortement perdu de sa hargne primitive et froide qui caractérisait les débuts du groupe. Et ceci est assez regrettable dans la mesure où la musique actuelle ne transporte pas assez l’auditeur. Le style est très stagnant, chaque morceau est relativement long et la musique se situe donc à la frontière entre le Pagan ambiant et le Viking à tendances plus Black. Mais
Spears Of Heaven est trop violent pour être considéré comme ambiant, mais il est bien trop mou pour être qualifié de Black Metal. Ce qui fait que le disque s’écoute sans grand intérêt.
De la part d’un groupe qui roule sa bosse depuis plus de 15 ans, on s’attendrait à des chefs d’œuvres comme ceux que nous proposent
Hellveto ou encore Kroda, voire Gjallarhorn et une tripotée d’autres groupes Pagan. Mais là, on dirait que Darken a fait le tour de ce qu'il avait à dire...
Le chant est quasiment toujours débité sur le même ton, sans jamais que l’on soit convaincu fermement de la rage ou de la haine qui habite Darken. On pense même par moments aux premiers albums de
Judas Iscariot pour le chant sans âme et sans conviction. Et cela est bien dommage car on sent un réel potentiel derrière toute cette mise en scène épique, on pourrait atteindre des sommets de toute beauté mis en valeur par des orchestrations superbes, des chœurs très beaux comme sur Sun Wind en particulier et son intro très touchante. Le tempo s’accélère grâce à une batterie exécutée avec pertinence et elle apporte un peu de relief à l’ensemble, ainsi ce
Spears Of Heaven paraît moins terne.
Car si les ambiances sont épiques, elles n’en sont pas pour autant guerrière comme on pourrait s’y attendre. On a bien plus l’impression de voyager au cœur du ciel germanique que sur un champs de bataille occupé par des hordes entières de soldats.
Graveland nous transporte donc avec paresse dans un monde où les Valkyries sont à nos côtés, un monde tout de même assez froid et assez malsain.
Si ce nouvel opus de
Graveland fait parler de lui, c’est en grande partie parce qu’il s’agit d’un groupe culte, et non parce que sa musique transcende ce qui a déjà été fait. Car oui, c’est vrai, ce nouvel album n’apporte pas grand-chose au genre, si ce n’est une certaine cohérence dans l’utilisation des orchestrations épiques et des chœurs.
Spears Of Heaven ne sera qu’un album de plus dans la discographie déjà conséquente du Polonais. Mais on n’en retiendra rien excessivement attractif si ce n’est la dernière piste Return To The Northern Carpathian, lente et hypnotique, profonde et rêveuse.