En définitive, la première moitié des années 90 aura été aussi délicate à négocier que la seconde partie des années 80 pour
Saxon. Après avoir pu rivaliser de force avec
Iron Maiden, le groupe s'était perdu pour ses fans, à américaniser leur son pour atteindre un plus vaste public. Et si
Solid Ball Of Rock semblait être un sursaut d'orgueil, Forever Free a vite éteint les espoirs des moins frileux. Album sans âme, coincé entre un son typiquement biker et une approche FM pauvre d'intérêt, il aurait pu marquer l'arrêt de mort d'une formation mythique, à une époque où le heavy metal n'était plus en odeur de sainteté.
Mais c'est sans compter sur la force de caractère de la bande à Biff Byford qui décide de revenir à un style plus radical avec ce Dogs Of War. La pochette est un avertissement et la chanson-titre, qui ouvre les hostilités, une constatation. On a droit à une tuerie. Un mid tempo solide et sans concession, où le travail sur les cymbales de Nigel Glockler est impressionnant. Sans avoir à forcer le trait, sans aller droit au but en appuyant sur l'accélérateur,
Saxon construit un morceau inquiétant, où le chant de Byford est tout simplement hypnotique.
De speed, il ne sera pas question sur cet album. Le groupe préfère se concentrer sur des mid tempos heavy ou approchant le hard FM.
Saxon retrouve de sa fougue et surtout, de son talent. Les morceaux se succèdent et on ne sent pas de grands écarts de qualité. Si
Dogs Of War reste intouchable pour sa puissance d'entrée de jeu, on trouve encore de très bons moments tout du long, comme le lourd
The Great White Buffalo qui succède à un
Hold On plus soft mais très plaisant. La batterie de Glockler attire l'attention, forcément, elle est imposante. Autre détail marquant, les soli de guitares, assurés une dernière fois par Paul Quinn et Graham Oliver, qui donnent une forte connotation rock'n'roll à l'ensemble. En effet, Oliver partira peu de temps après, déçu par l'orientation que prendra le groupe.
Et si
Walking Through Tokyo est de trop, Dogs Of War est l'album de
Saxon le plus solide depuis trop longtemps, depuis Innocence Is No Excuse qui brillait dans un registre nettement plus édulcoré. Même si les titres dépassent facilement les 4:30, rarement l'envie de zapper se fait ressentir.
Saxon parvient enfin à retrouver un équilibre et rassure ses fans, à condition que ce ne soit pas de la poudre aux yeux, une fois de plus.
Bref, il aura fallu que le groupe pose pied en Enfer pour trouver la force de remonter à la surface et de sortir la tête de l'eau, suivie par les épaules. Et malgré le déchirement des fans à voir Graham Oliver partir après cet ultime coup d'éclat (pour lui), les promesses d'un futur radieux sont bien là. Il suffit de gratter ça et là un riff, un solo, un break sympathique pour se rendre compte que la machine
Saxon est belle et bien de retour. Un disque très important dans la carrière du groupe.