L’Espagne n’est pas vraiment réputée comme étant un des pays les plus prolifiques en matière de metal, et bien des métalleux auraient probablement quelques difficultés à citer plus de deux ou trois groupes ibériques sans avoir fait quelques recherches préalables. Il existe cependant chez les Espagnols comme chez leurs voisins Français et Italiens un vivier conséquent de groupes de metal de qualité et gravitant dans une sphère relativement underground.
Noctem, au même titre qu’Asgaroth, Cryfemal, Foscor,
Avulsed,
Haemorrhage, Moho ou encore
Dark Moor, fait partie de ceux là.
Les Valenciens qui ont tourné intensivement dans le Sud de l’Europe, mais aussi en Belgique et en Grande Bretagne, arrivent donc en avril 2009 avec ce « Divinity », leur premier LP. Cet album est publié sous la bannière du label autrichien Noisehead Records et a également bénéficié de la distribution de Relapse Records aux Etats-Unis.
Le premier point qui retient ici l’attention est la collaboration d’un invité de marque en la personne de Christos Antoniou, guitariste et responsable des orchestrations et des samples au sein de
Septic Flesh. On se demande alors si
Noctem va développer une musique similaire à celle du combo grec, c'est-à-dire un death/black puissant et atmosphérique agrémenté de touches symphoniques donnant à l’ensemble un attrait occulte et majestueux. A l’écoute de « Divinity », l’influence de
Septic Flesh sera bel et bien présente, mais
Noctem n’est ni un clone, ni un plagiat de ces derniers. D'ailleurs, il n’y a quasiment pas d’élément symphoniques sur cet album, si ce n’est la piste 9 qui est une version orchestrale de la chanson-titre.
«Divinity » a quelque chose de déroutant, le groupe espagnol est difficile à catégoriser, n’hésitant pas à emprunter des éléments à différents sous-genres metal (death mélodique, black mélodique et thrash en tête, mais aussi un certain côté deathcore bien présent) pour développer une forme de metal extrême très moderne. Moderne au niveau de la production tout d’abord, qui est carrée, propre et efficace. Mais c’est toute la démarche musicale du groupe qu’on peut également qualifier de moderne, puisque
Noctem sonne comme un hybride, une forme de mix entre la noirceur du black, l’alternance lourdeur/mélodie du death et la rapidité âpre d’un thrash qu’on aurait croisé avec du deathcore. Ainsi, une chanson comme « Realms in Decay » alterne un riff d’intro typiquement death que n’aurait pas renié un
Decapitated (avec un son bien différent, il est vrai), mais aussi un passage black à la
Cradle of Filth et un autre plus « core » et hargneux. « Religious Plagues » est dans cette même optique de variété avec un intéressant passage en guitare clean et une autre partie rappelant presque le taping de
Gojira sur leur « Oroborus ». Par ailleurs, c’est certainement une des meilleures pistes de cet album avec la chanson titre.
Noctem donne également dans l’interlude acoustique en milieu d’album avec « In The Aeone Of Time », exercice sur lequel bien des groupes se sont cassé les dents mais où les Espagnols réalisent un morceau assez envoûtant et réussi.
Certes, le mélange des genres développé par
Noctem apporte un certain renouveau musical, mais cette approche est de plus en plus courante et l’effet de surprise se dissipe au bout de quelques écoutes. Ainsi le résultat, s’il est incontestablement puissant et impressionnant, notamment d’un point de vue technique, n’échappe cependant pas à certains écueils. Il se dégage en effet de l’ensemble une impression de fourre-tout, et on vient parfois à se demander où le groupe veut en venir. A ce manque de « lisibilité » s’ajoute également parfois un côté répétitif dans la structure des morceaux. Partant souvent sur un riff brutal et rapide,
Noctem a ensuite parfois tendance à s’essouffler en adaptant un même schéma qui sonne une nouvelle fois très « core » et n’apporte pas grand-chose au tout, à l’image de la chanson « In The Path Of Heleim ». « Necropolis Of Esthar's Ruins » et son début dévastateur se voit également affublé d’un passage presque hardcore qui fait perdre en cohérence une chanson au demeurant plutôt réussie oscillant entre brutalité et aspect occulte.
"Divinity" est donc un premier album clairement intéressant mais inégal et un peu trop vite lassant, de la part d’un groupe néanmoins incontestablement prometteur et dont on a hâte de connaître les évolutions futures, car on sent vraiment
Noctem capable de très bonnes choses.