S'opposer aux desiderata de
Ritchie Blackmore est rarement une bonne idée tant le caractère de l'homme en noir est ombrageux. Pourtant, la maison de disque du groupe a pris une grande inspiration avant d'être direct e : pour les 25 ans du groupe, il fallait le retour de
Ian Gillan derrière le micro, en lieu et place de
Joe Lynn Turner. Même si les démos étaient déjà enregistrées en partie avec l'ancien frontman de
Rainbow, rien n'y faisait. Commercialement parlant, le nom de Gillan associé à
Deep Purple reste vendeur (certains fans auraient même souhaité une reformation du Mark III, mais autant ne pas y penser).
Si la pochette dispose d'un graphisme assez banal, l'illustrateur semble avoir (et peut-être bien involontairement) capté ce qu'était alors
Deep Purple : un dragon à deux têtes qui se livraient bataille. Blackmore d'un côté, Gillan de l'autre. Soit l'histoire du Mark II résumé en une jaquette. Pas forcément de très bon augure, surtout quand on sait que depuis
Perfect Strangers en 1984, le groupe a évolué à un niveau qui était loin d'être le sien, même si
Slaves And Masters (1990) peut faire illusion.
Aussi, le riff introductif de la chanson titre est une bonne surprise. Certes, ça ne casse pas trois pattes à un canard, ça sent un peut la récupération du style de l'album
Perfect Strangers justement, mais ça reste efficace, avec cet orgue Hammond qui se fait entendre lors d'un dialogue avec la guitare de Blackmore. Un refrain bien placé que l'on retient facilement et la messe est dite, tout le monde est content. Mais avec le second morceau, l'ambiance retombe quelque peu :
Lick It Up est plutôt quelconque, avec un Gillan un peu dépassé derrière le micro.
En réalité, trois morceaux sont vraiment forts sur ce disque. Outre le morceau titre, il convient de citer
Solitaire, un mid tempo assez sombre qui embrase la fin de l'album et surtout,
Anya.
Anya, c'est une composition que l'on pourrait détester aimer tant elle est loin de représenter l'essence de
Deep Purple, vu que c'est du
Rainbow tout craché. On imagine très bien Joe Lynn Turner posant sa voix acidulée dessus. Le fait que ce soit Gillan donne un charme rocailleux supplémentaire. Et après des années de disette, le groupe produit une chanson capable de rivaliser avec quelques classiques des années 70, fait assez remarquable pour être souligné.
En se penchant un peu plus sur la musique, il est d'ailleurs étonnant de remarquer à quel point Blackmore a réussi à recycler ses riffs sur plusieurs titres. Ainsi,
Ramshackle Man est un petit peu le
Black Night des années 90 (et même le
Black Night du pauvre si l'on laisse filer la pensée),
A Twist In The Tale évoque [i]Spotlight Kid[/] de l'Arc-en-Ciel dans le style et la vitesse générale d'exécution.
Cependant, les soli de
Ritchie Blackmore manquent singulièrement de magie. Il est loin le temps où le maestro comblait ses fans par son jeu unique ; là, ses passages solo sont assez quelconques, agréables au mieux. Quant à
Ian Gillan, son chant manque singulièrement de puissance. C'en est flagrant sur les titres les plus relevés. Il ne sait plus s'imposer avec force comme par le passé. Et ces deux faits s'avèrent gênants car
The Battle Rages On est un album profondément nostalgique, nostalgique des années 70 et de leur gloire passée. Enrobé dans un papier qui fleure, lui, les années 80, la mixture pourrait être dangereusement instable. Heureusement, il n'en est rien.
En 1993,
Deep Purple fête ses vingt cinq ans de carrière et arrive à sortir un album qui sonnait déjà daté au milieu des productions de l'époque, un son antédiluvien qui n'a pas forcément fait les affaires du groupe. Quoiqu'il en soit, on est loin du ratage annoncé par les augures et on tient là le meilleur opus depuis
Perfect Strangers. En revanche, il marque la fin d'une époque...