Il se sera écoulé quatre ans entre ce 1916 et l'album Rock'n'Roll. Une fois de plus,
Motörhead a été confronté à des problèmes juridiques et cette longue absence n'a pas été sans provoquer quelques changements. Si tout le monde est toujours présent, le revenant Philty Taylor en tête, le groupe est parti s'installer à Los Angeles où le climat est plus chaleureux qu'au coeur de la Perfide Albion. Mais ce choix a de quoi susciter le doute auprès des fans : Los Angeles est avant tout le fief des glamouzes de tout genre, de
Mötley Crüe à Hanoi Rocks... de là à imaginer les verrues de Lemmy pailletées, il n'y avait qu'un pas.
Et effectivement, il convient de constater un changement au sein de
Motörhead. Musical qui plus est, histoire de terroriser une horde de fans aux abois. La bande à Lemmy a perdu une part d'agressivité à travers les onze titres qui traversent cet opus. Certes, ça sonne toujours très rock'n'roll, ça reste graisseux dans l'idée, mais il y a quelques nouveautés qui font passer l'album
Another Perfect Day pour un condensé de violence. Ici,
Motörhead s'essaye à des morceaux planants, bourrés de claviers, comme sur l'énigmatique
Nightmare/The Dreamtide qui développe une ambiance atmosphérique glaçante, avec sa guitare lancinante, ou le morceau titre, qui raconte l'histoire d'un gamin dans la Somme, pendant la Première Guerre Mondiale. Lemmy se montre désabusé et si le résultat peut laisser pantois tant ça va à l'encontre de ce que l'on attend de
Motörhead, il convient de reconnaitre que l'intention de proposer quelque chose de différent est louable à défaut d'être une totale réussite.
Autre nouveauté, la poignante ballade
Love Me Forever et son solo de guitare gorgé de feeling. La voix de Lemmy se fait moins rugueuse, ont sent l'effort de l'homme et là encore, il est difficile d'être pleinement satisfait. Le morceau est bon. Est-ce que l'on attend de
Motörhead ? Non, assurément non. Mais ce n'est pas le discours à tenir en écoutant ce disque. Parce que si l'on retrouve des titres très conventionnels (les deux premiers,
The One To Sing The Blues et
I'm So Bad (Baby I Don't Care) sont tout simplement jouissifs, le court
Ramones est un hommage aux keupons New-Yorkais plus vrai que nature,
Make My Day et son solo final absolument divin...), on se retrouve également confronté à quelques rock'n'roll bien sympathiques (dont le
Going To Brazil, toujours joué sur scène). Si les musiciens s'étaient arrêtés là, le disque aurait été on ne peut plus typique et prévisible. Mais il y a ces trois morceaux hors-normes pour du
Motörhead et la donne change. Le groupe se fait un peu plus accessible, moderne, et il ralentit quelque peu le tempo.
Evidemment, ces changements ne seront pas franchement du goût des fans qui seront nombreux à bouder l'album.
Motörhead est une institution. Y toucher, c'est s'exposer à la grogne de son public et c'est pourtant ce qu'ont fait Lemmy, Campbell, Würzel et Taylor, sans sourciller. L'album est pourtant bon. Pas génial non plus, on sent que parfois le combo en panne d'inspiration (
Angel City, malgré ses cuivres, reste faiblard) et surtout, parfois trop timoré dans ses expérimentations (le morceau-titre qui laisse un peu sur sa faim).
Bref, 1916 est un album à écouter sans à-priori.
Motörhead ressemble un peu moins à une machine de guerre mais reste une belle cylindrée. Et il s'agit de l'album le plus original du groupe depuis
Another Perfect Day, lui-même fort décrié (mais bien plus réussi). Malgré la colère des fans,
Motörhead récidivera l'année suivante avec un disque du même tonneau, le moyen
March Ör Die.