Alors que
Moonspell avait sorti son fameux Sin/Pecado en ce début 1998, Fernando Ribeiro et presque tous les siens, exception faite du batteur, revenaient avec un projet annexe qui leur tenait à coeur :
Daemonarch. Le but était simple, sortir un disque de black metal qui aurait pu être la continuité du travail produit sur les premiers enregistrements de
Moonspell. A priori, cela peut paraitre insensé, mais quand on observe l'évolution stylistique de
Moonspell, on comprend mieux le pourquoi de
Daemonarch. Les compositions de cet album ne pouvaient plus convenir au
Moonspell tel qu'il était en cette fin de XXème siècle, la voie empruntée par le groupe était bien plus calme.
Fernando Ribeiro devient ici Langsuyar. On ne peut dire qu'il ait fait cela pour rester dans l'anonymat, on reconnait parfaitement son visage sur la pochette et mieux encore, sa voix assez unique, chaude et grave. Et pourtant, si certains passages sont déclamés avec hargne, d'autres se retrouvent avec un débit haché, malsain et agressif, proche des standards du genre. Encore une fois, les textes sont quelques-uns de ses poèmes, obscurs, mis en valeur par une musique puissante et variée.
Entre lenteur et vitesse,
Daemonarch varie ses tempos. S'il glisse volontiers dans la débauche la plus primaire qui soit, avec quelques blast beats de rigueur, il sait également prendre son temps et créer une ambiance gothique du meilleur effet, quand un synthé vient s'inviter à l'orgie, discrètement, et en donnant une réelle plus value aux morceaux. Ainsi, si on se laisse écarteler par la basse impatiente et la noirceur générale de
Of A Thousand Young, on est crucifié par le lent et emblématique
Corpus Hermeticum. Deux titres, deux visions différentes du black metal. Le premier se veut primaire, le deuxième prend une direction qui évoque bien plus le
Moonspell des débuts. Et chaque approche est légitime et tout aussi réussie. Fernando Ribeiro est impérial, entre la constatation froide et une vindicte envers les bien-pensants angoissante. Et quand
Daemonarch se risque sur une reprise, il choisit
Call From The Grave de
Bathory, à laquelle il parvient à insuffler sa touche personnelle. Une autre réussite sur ce disque.
On peut être étonné par la chaleur que dégage le groupe. On est loin de la froideur d'un album de black nordique et les Portugais développent un son qui leur est propre. Les guitares sont pleines, délivrant des soli travaillés, les bases rythmiques ne sont pas tout à fait les mêmes, le travail sur le fond fait que ce disque sonne de façon très agréable, aidé il est vrai par une très bonne production qui évite le côté "bouillie sonore" qu'affectionnent de nombreux combos du genre.
Si le fait que la batterie soit en réalité une programmation ne s'entend pas franchement, on peut en revanche déplorer l'absence d'une réelle ambiance. L'album ne sombre jamais dans le nihilisme, il ne cherche jamais à devenir étouffant et glauque. Ceux qui recherchent avant tout des effets de ce genre dans le black risquent fort d'être déçus :
Daemonarch ne raconte pas une histoire, il se contente de faire un disque. Mais quel disque !
Unique album de ce projet, Hermeticum est dangereux, une alchimie osée entre le black metal et une musique plus gothique, touchée par le style lusitanien des musiciens. Un disque de black metal étrangement chaud à l'écoute, mais c'est en partie cela qui fait son charme : le plaisir d'écouter un opus qui sonne de façon unique, sans se soucier de la mode qui vient du froid. A découvrir d'urgence.