« Vous aviez rendez vous ? Veuillez passer en salle d’attente s’il vous plait. ». Seulement un an après la sortie de «
Slaughter And Apparatus »,
Aborted revient en 2008 avec « Strychnine.213 ». Après un énième changement de line-up nous faisant perdre le fil et une tournée gigantesque en compagnie de d‘
Heaven Shall Burn, Naera et Misery Speak, les Belges ont décidé d’opérer un changement musicale dans la lignée du précédent opus, «
Slaughter And Apparatus» .
L’Artwork est plutôt réussi : une femme mutilée entourée de fil de fer barbelé, vêtue d’une simple chemise ouverte, la tête reposant tendrement contre un hachoir.
Aborted fait dans la suggestivité en nous présentant un artwork digne des précédents, aussi original et personnel, nous livrant presque une performance graphique, on s‘y croirait presque.
Il est indéniable qu’
Aborted nous revient beaucoup plus mélodique que sur les albums précédents. Aucune comparaison n’est possible entre un « Engineering The Dead », par exemple, et « Strychnine.213 ». Pourtant, "seulement" 7 ans séparent les deux albums. Durant ces années, le groupe a pris le temps d’évoluer et d’explorer de nombreux horizons musicaux, attention toutefois à ne pas s’égarer à force d’innovations et perdre une bonne partie de ses fans en passant...
Aborted rate son coup, ça, c’est clair, net et précis.
L’album ouvre avec « Carrion », sampler d’une voix masculine surmontant un instrumental crescendo. On s’étonne dès les premières notes de l’aspect mélodique de celle-ci. Cependant, le morceau suivant,« Ophiolatry on a Hemocite Platter », censé donner le ton de l’album, fait lourdement retomber nos ardeurs de brutal death furibonds et indomptables. Le groupe pensait nous en envoyer plein la tronche mais ce n’est pas le cas, on reste stoïque à cette explosion.
Aborted est seul à décoller, nous, pauvres oreilles abandonnées, restons sur la touche. Mais où sont donc passés les Belges foux furieux que nous connaissions ?
Cependant, l’album possède quand même quelques bons côtés : certains morceaux comme par exemple « A Murmur In Decrepits Wits », « Avarice Of Vilification » et « I35 », forts de ces quelques structures très intéressantes misant sur le changement de tempo et les variations de la voix de Sven, l’album reste plat et sans grand intérêt. Les sonorités groovy apportées à cet album sont très appréciables, renforçant ainsi la dimension pesante des morceaux, comme par exemple avec « Enterement of An Idol », très lourd et morceau sortant du lot. Oui, il y en a tout de même quelques uns !
Dans la version limité de « Strychnine.213 » un cover est présent : celui de « Slaughtered » de
Pantera ! NON, ne hurlez pas ! Rassurez vous, la reprise est réussie, Sven se donnant du mal afin de fournir un chant à la hauteur de celui de Phil Anselmo, mission réussie, le bonhomme nous faisant ainsi explorer une dimension de sa voix que l'on ne connait que trop peu. Dommage.
Toutefois,
Aborted a décidé, dans son virage musicale, de parsemer chacun des morceaux de touches « mélodiques » visant à donner une nouvelle direction au groupe. En tout cas là, ils y ont mis tout le bocal de poudre… Quelques touches par ci par là, ça le fait, mais en badigeonner à outrance…. Beaucoup moins. Or, l’impression d’être face à un son bon marché et abordable par n’importe qui se fait grandement ressentir. En effet, le groupe a voulu conquérir un nouveau public grâce à « Strychnine.213 ». Cependant, pourquoi tant changer de registre pour finir dans un death mélodique sans intérêt aucun ? Bien qu’on n’en soit pas là et qu’on ne l’espère pas ! Toutefois, le manque de profondeur dont fait preuve l’album nous fait douter… « Ils déconnent là non ? »
Les riffs se veulent accrocheurs et puissants mais il n’en est rien, la drôle de conversation qu’entame les guitares s’accorde en un amas de notes incompréhensibles et confuses, mais où veut ils donc en venir ? Bien que tous les riffs ne soit pas à jeter, les accords nous sortent de notre immense ennuie mais ne décollent pas.
La basse passerait presque inaperçue, mais la lourdeur de certains morceaux lui permettent de sortir de l’ombre et de décupler la puissance endormie de « Strychnine.213 » en apportant profondeur et relief aux morceaux manquant cruellement de saveur.
Quant à la batterie, toujours égale à elle-même, celle-ci envoie des blasts beat sauvages et destructeurs, de la double pédale à foison, palliant au manque flagrant d’originalité de l’album.
Vous l’avez donc compris, l’album reste plat et prévisible. On sait exactement ce qu’il va se passer, où, quand, comment… Et ça, c’est terrible. En effet,
Aborted savait nous surprendre avec un Brutal Death Metal original et collant parfaitement l’image du groupe, gore et amateurs de films d'horreur, alors que sur « Strychnine.213 », on a juste l’impression d’écouter un de ces vulgaires albums sans personnalité, plat et ennuyeux.
Même si certains morceaux sortent du lot, c’est bien trop peu comparé à l’amas d’ennui qui nous fait face et dont on ne sait palier. L’album dure une quarantaine de minutes, et heureusement, la mort était proche. Bien que dans la lignée de «
Slaughter And Apparatus » qui se voulait original et émanant d'une ère nouvelle, « Strychnine.213 » déçoit et nous remet brutalement les pieds sur terre. Heureusement que « Coronary Reconstruction » a fait son arrivée il y a peu, ouf, la fin était proche… !