En 1995, le black metal commence à s'extraire doucement de son cocon underground et de nombreux groupes se mettent à peindre leur musique du noir scandinave.
Cradle Of Filth, par exemple, a abandonné son death originel pour s'adonner à des pratiques obscures, teintées d'érotisme et de vampirisme. Et ce premier album de
Primordial, qui était également paru sur le catalogue du label Cacophonous, parait et tend également vers les arts diaboliques venus de Norvège.
Cependant,
Primordial est un groupe qui puise profondément dans ses racines gaéliques, comme le prouve le nom du disque : Imrama. Les Voyages des légendes passées, vers l'Autre Monde. De fortes racines païennes, donc, qui ne sont pas qu'un artifice pour avoir la reconnaissance de ses pairs. Les textes sont empreints de chamanisme, conduits par une prose sombre, dont le traitement est ici par moment décevant. On trouve déjà cette dualité entre le chant haché, étrillé, propre au black metal et une voix claire qui ici déclame plus qu'autre chose. Nemtheanga n'est pas encore le frontman qu'il est devenu avec le temps, il tâtonne encore, tout en sachant très bien où il veut mener
Primordial.
Les racines se retrouvent également dans le choix de la langue : le disque s'ouvre sur un morceau chanté en gaélique, avec une confrontation acoustique / électrique que l'on retrouvera souvent. D'autres passages trahissent une inspiration locale, tirée de la musique Irlandaise en général. Pas du folklore de pub, mais plutôt quelque chose de plus spirituel, étrangement planant, où les longs passages instrumentaux sont un pur délice, quand le tambourin - ou plutôt le bodharn - s'impose, venant donner un aspect traditionnel et archaïque à la fois, la simplicité l'emportant sur toute forme de technique.
Mais sur d'autres pistes, la guitare se fait bien plus acérée, l'influence scandinave est plus présente. Les blast beats sont en revanche absents la plupart du temps. On en remarque ça et là, mais
Primordial n'en abusera jamais. Le propos reste toujours moins virulent, moins agressif. Au contraire, il émane de ces morceaux une espèce de mélancolie non dénuée de grandeur. Même si la transition entre le chant black et le clair n'est pas encore totalement maîtrisée, on ne peut que constater cette volonté de ne pas s'enfermer dans un style.
Primordial est encore un groupe jeune, qui manque de maturité. Ne sachant quelle voie emprunter entre le black et le doom, le groupe va se construire son propre univers sonore au fil des albums, pour devenir une entité unique au sein du metal. Avec sa base païenne parfaitement assumée, il va se forger une identité forte. Mais Imrama reste un miroir de ce qu'il fut à la base, une formation indécise, qui déjà ne se fixe pas de limite et laisse parler son amour pour le folklore et la magie de son pays. A découvrir, mais pas indispensable pour se plonger dans l'univers fascinant du groupe.