Primordial, déjà fort de plus de quinze ans d’existence, revient en 2004 avec un nouvel album nommé
The Gathering Wilderness. Si le groupe avait déjà brillé deux ans auparavant avec le violent
Storm Before Calm, il pond ici une œuvre magistrale, pierre angulaire d’une carrière jalonnée de succès. Toujours aussi violente mais plus mélodique, on sent vraiment que la musique des Irlandais prend vraiment son envol avec cette production.
D’entrée, Nemtheanga reprend du service avec ce chant hargneux et déclamatoire comme au bon vieux temps de A Journey’s End. Mais cette fois-ci, le chant est beaucoup mieux maîtrisé, preuve du travail accompli depuis toutes ces années. Un chant qui sait aussi se faire plus black parfois comme sur l’excellente « Tragedy’s Birth ». Nemtheanga porte d’ailleurs ce groupe à bout de bras, véritable génie créatif et interprète de grand talent comme peu en sont capables. Si le parallèle avec le chanteur d’
Anathema peut être fait, il n’en reste pas moins que le chauve irlandais est un immense frontman, irremplaçable au sein de la formation.
Néanmoins, n’oublions pas que
Primordial c’est aussi de la musique et force est de constater que la mayonnaise prend entre les musiciens. Si le travail de composition est extrêmement abouti dans cette production, l’interprétation est elle irréprochable. « The Song of the Tomb » et son côté épique prononcé illustre bien cette tendance. Mais là où
Primordial atteint sa maturité, c’est dans sa capacité à alterner entre des passages pagan-black d’une rare violence (« The Golden Spiral » et son riff tournoyant) et des passages beaucoup plus calmes (arpège de « A Coffin Ships »). Et c’est peut-être là la recette magique : celle de ne pas s’enfermer dans un carcan musical qui freinerait leur potentiel créatif.
Certains pourront regretter cette différence avec
Storm Before Calm, en argumentant sur le fait que le groupe s’éloigne de l’atmosphère guerrière dans laquelle naît leur inspiration. Il est vrai que la violence extrême qui jaillissait de l’album de 2002 impressionnait. Pour autant,
Primordial a-t-il complètement effacé cette idéologie de sa musique ? La réponse est claire : même si un apport mélodique s’institue ici, la violence est toujours de mise, aussi bien au niveau musical que vocal (« The Song of the Tomb »).
Une chose est certaine : avec
The Gathering Wilderness,
Primordial devient chef de file du mouvement pagan. Un album massif, surpuissant qui laisse place à des mélodies frôlant la perfection. Quant au chant de Nemtheanga, il est toujours aussi beau et cathartique. S’il ne fallait en retenir qu’un dans leur longue discographie, il apparaît clairement que cet album s’impose comme la référence absolue. Plus abouti, bénéficiant d’une production irréprochable, cette galette est une merveille qu’il ne tient qu’à vous de découvrir.