Les années Ripper ont été réglée comme sur du papier à musique. Pas une note de traviole, rien,
Judas Priest sortait un album, se faisait défoncer par la critique, balançait un album live au son cru, se faisait démonter par la critique, sortait un nouvel album, surprise ! se faisait démonter par la critique puis balançait un nouvel album live pour... Vous avez deviné ? Se faire déchirer par la critique. On les comprendrait presque qu'ils aient viré Owens pour reprendre Halford, les pipes, ça leur manquait. Et ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit. Mais vous pouvez interpréter si ça vous amuse.
Parce que
Judas Priest, dans l'esprit de fans irréductiblement conservateurs (vous pouvez interpréter si ça vous chante), c'est avec
Rob Halford, le Metal God, le dieu des dieux et
Tim Owens n'est qu'un imposteur. Pour certains, reconnaitre du talent au jeune homme revient à déclarer sous serment que Paris Hilton n'a jamais fait de vidéos cochonnes. Une impossibilité en somme. Et ils préfèrent oublier qu'ils ont retrouvé l'espoir quand Ripper est arrivé et que Jugulator a vu le jour. Mais bon, ne nous égarons pas et ne lançons pas de polémiques (qui ont pourtant lieu d'être), la chronique porte avant tout sur ce
Live In London.
'98 Live Meltdown n'était pas loin pourtant. Cinq ans et un album studio séparent ces deux enregistrements live. C'est sûr que pour le coup, le groupe n'assure pas des masses en proposant une formule facile, qui limite ferait doublon. Le DVD est sorti en 2002, avec des séquences backstages, des interviews et les bonus habituels. Le CD, lui, arrive en avril 2003 et il contient déjà six titres en plus. Pour ceux qui ont le DVD, dommage. Ceux qui ont déjà le live précédent, eux, constateront qu'il y a quelques pépites déterrées, des cadavres ramenés à la vie. Si on s'en fout un peu de
Running Wild, on note que
Heading Out To The Highway a fait son retour, ainsi que
Turbo Lover. Et inutile de tergiverser, Owens est très bon dessus. De toute façon, le jeune homme s'en sort très bien tout du long. Il possède une voix légèrement plus grave que celle de Rob Halford et il fait des prouesses. Oublions les rareties, retournons là où ça fait mal. Et là où ça fait mal, c'est sur
A Touch Of Evil où Ripper en impose, tout en classe et en puissance. Et surtout, il se permet de s'approprier la chanson
Metal Gods, sa tessiture fonctionnant mieux sur ce morceau.
Niveau son, c'est correct dans l'ensemble, sauf que les guitares sont bien trop en retrait. La batterie de
Scott Travis claque violemment, mais la paire Tipton/Downing n'est pas franchement mise en avant. Du coup, certaines mélodies peinent à s'affirmer (le début de
A Touch Of Evil par exemple, voire
Metal Gods...). Ripper est tout de même à la peine sur certains morceaux (
Painkiller, mais cela reste un morceau de bravoure, difficile à réaliser). On pourra également lui reprocher de ne pas véhiculer d'émotions sur une composition comme
Desert Plains, lui donnant une connotation plus agressive. Ce n'est pas franchement le propos de la chanson.
Mais bon, c'est bien gentil d'avoir repêché les titres repêchables de
Point Of Entry, d'avoir dépoussiéré
Turbo Lover (l'interprétation d'Owens y est fantastique), mais Ripper a participé à deux albums et seuls cinq morceaux en sont extraits, sur vingt six. Des titres qui auraient pu devenir des classiques du Priest ont été mis au placard pour donner du classique au public, parce que lorsque le public va à un concert, c'est pour faire comme à la maison, écouter des classiques. Bref, ce
Live In London aurait été sympa, voire génial, s'il n'y avait pas eu '98 Live Meltdown. L'effet de redondance.
Le double CD suffit largement. Ripper est un bon chanteur mais un frontman moyen, du moins sur cette date unique, au Brixton Academy de Londres. Plus complet, même si les fous de l'image préfèreront le DVD. Soit. Dernière trace de Ripper avec
Judas Priest, ce
Live In London aurait mérité un meilleur traitement, comme une set-list plus aventureuse. Puis Owens est invité à partir, pour permettre à Rob Halford de reprendre sa place. En écoutant un
Angel Of Retribution d'un classicisme sans faille, c'est à se demander pourquoi.