Alice Cooper n'en finit plus de dégringoler la pente. Ses problèmes d'alcoolisme commencent à sentir le sac à vomi et
Special Forces, paru en 1981, n'avait pas convaincu les foules. Depuis la fin des années 70 le Coop' est en délicatesse avec son public, qui réclame le projet brillant qui parviendrait à rivaliser avec les gloires du passé,
Welcome To My Nightmare en tête. Mais Vincent Furnier s'est égaré en essayant de s'accrocher à tous les wagons musicaux en vogue de l'époque et comme il s'est souvent manqué, il a souvent été traîné sur une centaine de mètres avant de lâcher prise, ensanglanté, meurtri dans sa fierté.
Aussi,
Zipper Catches Skin est une surprise. Et de taille. Pas étonnant qu'il soit l'un des disques du Coop' parmi les moins connus. Déjà, la pochette est une énigme en soi. Pourquoi simplement se contenter de mettre les paroles à la suite, un peu dans le désordre, sinon pour montrer à quel point cet album est décalé ? Un coup d'oeil aux textes suffit à comprendre que Furnier s'est branché en mode déconnade et qu'il compte bien faire un disque sans se prendre la tête.
Si l'on note le retour de
Richard Wagner à la guitare et à composition, on est loin de retrouver la qualité d'un "grand" disque de
Alice Cooper. On a déjà droit à un son plus rock, avec une rythmique plus lourde, solide. Déjà, sur ce point, on ne va pas se plaindre, il y a du mieux. Ensuite, l'appréciation de cet album dépend surtout de la tolérance de chacun à l'humour débridé. C'est un peu comme échanger des paroles avec un fou. A la fin, on ne sait plus qui l'est.
Zipper Catches Skin agit un peu de la même façon. A la fin, on en ressort légèrement abruti, sans savoir si le Coop' s'est foutu de notre gueule ou non.
Il doit y avoir de ça. Dissimulé sous une épaisse couche de 36ème degré. Furnier parle plus qu'il ne chante, ne s'occupe pas d'arrondir les angles. Il balance tout comme ça lui vient, sans énormément de recherche apparemment. Sauf qu'à l'écoute, on discerne des choeurs appuyés, des mélodies pas dégueulasses même si elles sont bien loin d'égaler celles du passé... On notera aussi l'apparition de la regrettée
Patty Donahue (The Waitresses) sur
I Like Girls.
Et le plus délirant dans l'histoire, même si on se rend compte que ce n'est pas très bon, on prend plaisir à fredonner les refrains tous plus crétins les uns que les autres (
Zorro's Ascent, mention spéciale pour l'hallucinant
I'm Alive (That Was The Day My Dead Pet Returned To Save My Life) qui vient clôturer le disque avec un sourire débile.
Avec cet album,
Alice Cooper est un comédien de music hall, celui qui vient frapper à une porte en portant chaque fois un costume différent. Un disque fait comme ça, plus pour la déconnade et le fun que pour autre chose. Il n'aura même pas été défendu en live. Une expérience à faire, mais pour ceux qui s'essayent au Coop', c'est pas le choix le plus judicieux à faire. Dingue, tout simplement.