Evanescence sera sorti de l'ombre un jour de 2003. Des clips qui passaient en heavy rotation sur MTV, une prestation remarquée au générique du film Daredevil et des millions d'Américains allaient se ruer sur un disque à la pochette bleutée et un peu floutée de ce Fallen. A la décharge de nos cousins Outre-Atlantique, ils ne connaissaient pas ce genre. Le neo metal, si, bien entendu, les USA en sont le berceau. Mais un neo metal qui sonne étrangement gothique et chanté par une femme, voilà qui est étrange, nouveau et terriblement excitant !
Ce qui aurait pu rester une mode aux Etats-Unis a pourtant traversé l'océan et s'est attaquée à l'Europe comme un virus violent s'acharne sur les organismes. Là, c'est tout simplement incompréhensible. Le Vieux Continent qui se laisse submerger par ces mélodies faciles, ces compositions relativement peu enlevées. L'Europe, la Vieille Dame, qui a engendré des combos comme
Within Temptation,
After Forever ou encore
Lacuna Coil. C'est à n'y rien comprendre. Les phénomènes de mode, internet et compagnie auront eu raison de la logique. On a mieux, mais c'est hype, faut donc écouter.
Si au moins ça avait été le premier
Evanescence,
Origin, qui avait de la personnalité et du répondant ! Non, il faut absolument que ce soit Fallen, l'album de tous les succès. Certes, la chanteuse a un joli filet de voix, certes, il y a des passages au piano qui sont agréables, mais rien à faire, c'est redondant, stéréotypé et sans envergure. La guitare distribue des riffs neo metal mollassons, sans solo ou presque. On aura connu des guitaristes plus inspirés que ce pauvre
Ben Moody qui n'apporte rien à l'édifice. Ajoutez à cela une section rythmique qui se contente du minimum et vous aurez une idée de l'uniformité agaçante de ce disque. Difficile de différencier un titre d'un autre avant que n'explose le refrain, souvent très calibré, où
Amy Lee laisse exploser son talent.
Les ballades ne sont pas franchement réussies non plus. Bien sûr, il y a
My Immortal, célèbre, adulée par une nuée de fans. Mais pourquoi est-ce que cela doit rester aussi plat ? Pourquoi ne pas l'avoir dopé de choeurs à l'instar de
Haunted (qui n'est pas exceptionnelle pour autant) ? Si
Scorpions ou Bon Jovi s'étaient risqués sur pareille composition, une horde de metalheads auraient hurlé à l'imposture. Comparons ce qui est comparable ?
Hello, autre ballade, est relativement indigeste dans sa lenteur, entrecoupée de notes de pianos, des notes qui renvoient au
Ô Fortuna de Carl Orff, ses premières mesures.
Et malgré une pauvreté artistique palpable sur cet album (
Origin était bien mieux ; même les versions des titres qui étaient déjà sur ce premier opus et qui apparaissent sur Fallen ont perdu de leur impact, sont devenues quelconques), malgré le fait que l'Europe proposait bien mieux dans un genre proche,
Evanescence a été un bulldozer, avec 14 millions de disques vendus pour Fallen... Et ces ventes donnent à penser qu'il y a eu un avant et un après
Evanescence, que de nombreux groupes ont relâché la pression pour devenir plus accessibles, pour grignoter une part d'un gâteau immense.
Avec sa collection de hit singles, Fallen n'est pourtant pas un bon album. On s'en lasse très vite. Dès la première écoute, on peut comprendre que cela tourne en rond. Comme si le groupe n'avait pas été capable de se diversifier, de donner envie à ses auditeurs. Et pourtant, ça a fonctionné. A merveille. Plus dure sera la chute. Encore un potentiel de gâché.