L'année 2000, année charnière où l'on aurait du voir les voitures commencer à voler, les voyages intergalactiques débuter... Les auteurs de SF ont été trop optimistes dans leurs calculs, le genre humain n'étant pas fortiche pour évoluer comme il le faudrait et viser Mars. Des tafioles, des moudus, des locdus. Nan, pas de quoi pavoiser, cette année là, le téléphone portable est le seul truc à nous avoir réellement envahi, avec toute sa clique de connards qui ne peuvent s'empêcher de se faire mousser au restaurant en sortant le Nokia dernier cri avec une sonnerie insupportable histoire de faire bisquer tout le monde, pas que le homard. Tout le monde devient important, ou croit devenir important.
Le rapport ? Y en a pas, ou alors, il faut chercher les parallèles foireux, du genre de ceux qui disent que Nokia est une marque finlandaise, que
Charon est finlandais et que Tearstained est sorti en 2000. Oh ! Et où, musicalement, on ne note pas d'avancées formidables. Si, tout se tient.
Charon, il a le profil du groupe qui va, qui doit plaire. Dans la droite lignée d'un
Sentenced, captant quelques touches de HIM ou de To Die For, le groupe est en net manque de personnalité, un poussin dans une basse-cour, anonyme parmi tant d'autres. Mais c'est à la mode et forcément, le groupe se garantit une fan-base, quitte à la piquer à droite à gauche. Parce qu'il est impossible de ne pas penser à
Sentenced en écoutant le premier titre,
Worthless, dont le riff et la mélodie sont vraiment typiques du groupe de
Miika Tenkula. Sans oublier le chanteur au nom à coucher dehors,
Juha-Pekka "JP" Leppäluoto, dont le timbre est très proche de celui de
Ville Laihiala, avec une tessiture un peu plus grave.
Ce qui aurait pu être un accident de parcours se répètera tout au long de l'album. La blague, l'année de sa sortie, était de faire croire que l'on tenait le nouveau
Sentenced en avant-première.
Mais
Charon tente de se forger une originalité malgré tout. Pour cela, il insère du violon et du chant lyrique féminin sur certaines compositions. Si la demoiselle s'en sort bien, on peut se demander pourquoi utiliser du violon si c'est pour le cacher lors d'un mix qui ne lui rend pas justice ? Encore une fois, on peut pointer du doigt les Finnvox Studio qui tendent à sortir des produits très formatés. Une identité finlandaise qui, lentement, va tuer la scène en la transformant en stéréotype.
Du coup, il est difficile de juger un tel album. On a envie de hurler au plagiat, à l'incontinence musicale. Le poussin est malade et il court partout, se cognant aux parois, ses piaillements désespérés ignorés de tous. De tous ? Bizarrement, cet album ouvrira des portes à
Charon, qui confirmera l'année suivante en s'octroyant un pass pour suivre
Nightwish lors de la tournée de soutien du
Century Child en 2002. Les Finlandais ont bien accueilli ce disque. Le reste de l'Europe, jusqu'en 2002, l'avait ignoré.
On ne peut pas dire que cet album est mauvais et c'est bien ça le plus pénible. S'il était mal joué, si l'interprétation d'un poussin sans personnalité était juste informe, on prendrait plaisir à le snober, à l'écarter de toute play-list, mais dans l'ensemble, c'est bon. On ne peut que sanctionner une musique sans inspiration, ou plutôt, inspirée par d'autres groupes (
Sentenced, quoi...) et qui ne mérite du coup pas toutes les louanges qui lui ont été faites. Une musique sans personnalité. Un poussin.