Le produit fait plaisir à voir. Sous la cellophane, il s'agit simplement d'un carton style sampler, mais l'illustration attire l'oeil. Le Joker rendant une justice aussi impitoyable qu'anticonstitutionnelle a quelque chose de séduisant, le tracé est sympa et malgré un style qui se veut un peu humoristique, ça reste glauque avec les silhouettes menaçantes en arrière-plan. On se débarrasse du plastique, on découvre le disque et on en reste un instant coi. Un picture disc, pour une démo trois titres, c'est le luxe. Les musiciens y sont représentés, caricaturés à la façon de la pochette.
Irrémédiablement, on est séduit. Mais il y a également de quoi être sceptique. Après tout, qui n'a jamais eu affaire à un représentant capable de faire passer des vessies pour des lanternes ? Là, ça fait presque trop pro pour être vrai.
On laisse la chaine hi-fi ingurgiter le disque et on monte un peu le son, histoire de pallier aux ratés possibles. On est tout de suite étonné par la clarté du son. Les guitares sont fringantes, acérées. La caisse claire est peut-être agaçante dans sa façon de claquer. C'est sympathique, un bon riff nerveux, qui semble issu d'une école germanique. Sur ce, le chanteur débarque et sa voix aigüe interpelle. On peut penser à un
Andy Kuntz (
Vanden Plas) plus viril ou à un
Jens Carlsson (
Persuader), en moins rugueux. Mi-figue mi-raisin ? Pas tout à fait, le chant collant très bien au style pratiqué. Enlevez le clavier chez
Vanden Plas, donnez-lui le côté heavy des derniers
Angra et vous aurez une idée assez concrète de ce que donne
Gaiden.
Le côté germanique domine. Le début du solo de
Ennemies From The Past fait penser à du
Helloween. Vous direz qu'à force de faire penser, le groupe manque de personnalité. En fait, les réminiscences sont fugaces. Evidemment, un groupe en évoque toujours d'autres et
Gaiden, s'il arrive à imprimer son style dans l'urgence, n'y coupe pas. Parfois, certaines références semblent indirectes et le refrain de
Shiver ne détonerait pas sur un album du
W.A.S.P de la grande époque par exemple.
Gaiden évite le piège de la démonstration, qui guette bon nombre de combo de metal progressif. Il garde une ligne mélodique distincte et ne cherche pas à perdre l'auditeur. Son approche directe séduira les amateurs de heavy souvent réfractaires au style, mais peut décevoir ceux qui aiment les compositions plus aventureuses. C'est chaud, c'est puissant, le groupe est bien rôdé et sait écrire de bons titres.
Mais trois titres, c'est vraiment trop juste pour juger la qualité globale de
Gaiden. Il reste à savoir si les musiciens peuvent tenir la route sur une longue durée et surtout, s'ils sauront canaliser leur fougue. Mais avec cette démo, le groupe a tous les atouts de son côté et s'il parvient à décrocher la timbale, nul doute que cet objet deviendra très rapidement collector.