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Chroniques :: Chronique de Il Etait Une Forêt

Chronique de Il Etait Une Forêt

Gris  - Il Etait Une Forêt (Album)

Grandiose!



Grandiose.
Un seul mot, glissé sur une page blanche… Un seul mot, résonnant sous la forme d’une guitare grésillante, appelant quiconque pour l’entraîner dans le fond, dans le néant.

Grandiose, c'est sûrement le mot qui revient le plus souvent à l'esprit tout au long de l'écoute de ce "Il Etait une Forêt". Cet album, mis au monde par les deux protagonistes de Gris, met tout le monde d'accord le temps de ses six pièces magistrales: le Québec n'a absolument pas à rougir de sa culture Black Metal! J'oserai même dire que notre vieille province regorge de groupes talentueux capables de faire de l'ombre aux pays scandinaves...

Mais revenons à Gris. Pour ceux qui ne connaissent pas encore la formation (ô grand dommage!), sachez que derrière ce patronyme se cache le nouveau nom adopté par le groupe Niflheim. Ses deux têtes pensantes, Icare et Neptune, officient dans un Black Metal lent, atmosphérique, léthargique et gelé par le temps.
Sa principale caractéristique? Des guitares grésillantes, apportant ainsi une touche plus râpeuse, plus désespérée pour un rendu aussi éthéré qu’intense émotionnellement. Inutile de vous dire que l’univers de Gris n’a à ce jour rien de comparable, surtout que nos québécois se plaisent à insérer ça et là des instruments plus folks, pour une originalité démesurée et franchement imposante.

Grandiose, je disais donc, chaque écoute renforce cette impression. L’auditeur se retrouve plongé dans des sentiments contrastés, baignés d’un océan de mélancolie, et n’a guère le choix : Gris s’empare tour à tour de ses sens et l’invite irrémédiablement dans cette lente descente aux enfers, tel un passeur d’âmes pour l’autre monde, un monde unicolore dans lequel seul le gris permet de distinguer les alentours putréfiés d'une souffrance étouffante.
Et pour le coup, Gris n’y va pas de main morte : chaque titre est long, bourré de changements de rythmes (du coup, la musique devient imprévisible et ne lasse pas l'auditeur), les mélodies transpirent l'infinie tristesse et le chant déshumanisé laisse à peine refléter les lames qui glisse inexorablement le long de vos poignets…

Inutile de faire un descriptif précis de ces six titres. La raison est toute simple : "Il Etait Une Forêt" est une véritable pièce qui se lit dans sa globalité, et ne citer qu’un morceau en particulier serait bien trop réducteur. Il convient à chacun de découvrir par soi-même cet opus, d'en faire l'expérience. Quoiqu’il en soit, vous y trouverez de sombres mélodies, des vocaux écorchés, des rythmes lents, des ambiances si mélancoliques qu’elles en deviennent majestueuses...


On ne sait pas vraiment quoi dire après l’écoute d’un tel album. Littéralement absorbé par l’univers dépressif de Gris, il ne me reste qu’un seul mot : grandiose. A ce niveau-là, ce n’est plus de la musique, croyez-moi, on nage en plein art, et même si cette modeste chronique fait preuve d’une sacrée subjectivité, je suis prêt à parier que ce "Il Etait Une Forêt" a toutes les chances de figurer au panthéon des albums de n’importe quel metalhead…

Un seul mot je vous dis...

 9 
10

Errances sylvestres



Tel un phénix, Gris est né des cendres de Niflheim (ne pas confondre avec Nifelheim !) sur les Terres enneigées et froides du Québec. Tel un phénix, Gris renaît pour revenir encore plus beau, encore plus inventif. C’est donc avec honneur que le duo Québécois nous présente aujourd’hui Il Etait Une Forêt, premier album sous son nouveau patronyme.

Le monde de Gris est en réalité bien plus empreint de noirceur que ce que nous laisse penser son nom… D’ailleurs des titres comme "Le Gala Des Gens Heureux" ou encore "Veux-tu danser ?" ne sont là que pour brouiller les pistes avec leurs connotations festives qui ne sont en réalité que de véritables pièces de noirceur.

Avec son Black Metal très influencé par la scène dépressive, voire « suicidal », Gris nous plonge au cœur d’un monde où le mot « espoir » est banni !
Avec ses guitares assommantes, lourdes et froides, l’auditeur se retrouve perdu dans cet univers ténébreux sur lequel viennent se greffer des claviers discrets, mais qui viennent transcender la vacuité du monde que nous dépeint Gris, ce monde qui défile devant nos yeux comme la bande son de la fin du monde. Car même si le terme « apocalyptique » ne correspond pas vraiment pour décrire la musique de ces Québécois, celle-ci n’en est pas moins funèbre dans l’approche…

Avec un chant en français et des passages clairement plus atmosphériques comme sur "Veux-tu danser ?" et son intro sur laquelle on entend de joyeux enfants, Gris nous dévoile l’étendue de son génie. L’alternance entre les passages à dominante plus Black avec les passages plus atmosphériques se fait sans déstabiliser l’auditeur qui ne fait que suivre cet enchainement de notes qui défilent avec une aisance époustouflante.

Le génie de ces artistes nous propose des guitares acoustiques qui se fondent avec une parfaite alchimie dans les parties où la distorsion est maitresse, soutenue très discrètement par des intrusions de claviers relativement éthérés et purs ! Le chant plaintif est parfois chuchoté, murmuré selon le message que Gris veut nous transmettre, et cela donne du relief et de la profondeur à un disque comme Il Etait Une Forêt, qui n’en manque pourtant pas ! On notera à ce titre, des morceaux où le chant est particulièrement prenant comme sur "Profonde Misanthropie" qui nous emmène dans un monde dévasté et sans retour.

En fin d’album, on voit s’éclaircir un peu plus ce disque, révélant un monde nouveau et renaissant avec la fabuleuse intro de "La Dryade" avec son clavier et les violons, ce qui confère l’impression d’assister au retour du soleil juste après la pluie dans une forêt, et où les choses reprendraient leurs cours, sans se soucier de l’Homme. Un morceau très émotionnel et qui montre une fois de plus toute l’étendue du talent des ex-Niflheim, mais surtout, un morceau qui conclut en beauté cette petite heure de voyage froid et contemplatif d’un monde, bercé par la musique maitrisé à la perfection de ce duo Québécois.

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par Pit, le 16 juillet 2009
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Esperluette (&)



Pourquoi esperluette en sous-titre ?

Parce que ce terme, qui désigne le symbole de "et" (&), est amusant. Puis c'est aussi le nom d'un singe qui adore balancer ses crottes dans un comics. Et surtout, parce que ça fait du bien de rire un bon coup avant de pénétrer dans le monde de Gris, qui est bien plus noir que cet intermédiaire qui conserve encore une note d'espoir.

Imaginons-nous rentrer dans ce disque en l'écoutant au casque. Imaginons-nous les yeux écarquillés, dans le noir, à fixer un point de lumière. Mais ce n'est pas réellement de la lumière, c'est juste que nos yeux grand ouvert voient des taches de couleur qui n'existent pas. Pure fantasmagorie de la nuit, des songes... et du désespoir le plus profond. Ecoutons cet album indéfiniment, en boucle et nous nous demanderons juste à quel monde nous appartenons encore.

La musique de Gris demande beaucoup de sang froid. On peut également suggérer de la compassion. Non pas pour les musiciens, mais pour son âme que l'on va déchirer, déchiqueter le long de ces six morceaux en trompe l'oeil. Il est angoissant de rentrer dans cette forêt parce que l'on sait qu'on va forcément s'y perdre et que ce n'est pas une meute de loups affamés qui va nous déchiqueter, mais nos propres tourments. Difficile de résister à cette vague misanthropique et déprimante qui se, déverse des enceintes. Hansel et Gretel ont trouvé la maison de pain d'épice. Prions pour le salut de la sorcière.

Dès le premier titre, nous sommes entraînés dans une vague de tourments. L'introduction, bien trop courte, est déjà un supplice en soi. Elle nous griffe les chairs et quand le sang commence juste à perler, elle disparait, nous laissant avec notre douleur et le chant désincarné de Icare, qui vient attiser nos peurs. Nous pénétrons alors dans un monde de tristesse. cette forêt est définitivement hantée et la voix que nous entendons est celle de ceux qui y sont morts, et qui nous en veulent d'être vivant. Dans leur désespoir le plus cruel se dessine également de la haine. Tenir le long de ces presque dix minutes sans se prendre la tête entre les mains pour essayer de se cacher, d'échapper à cette folie, est difficile. Nous redevenons des petits enfants, terrifiés. Le croque mitaine rode. Et il n'a jamais la forme la plus évidente : les monstres ont souvent figure humaine.

Et ne nous accrochons pas aux faux semblants. Ne rentrons pas dans Le Gala des Gens Heureux si nous n'avons pas le coeur solidement accroché. Nous n'en ressortirions pas vivant parce que nous nous laisserions rapidement entraîner dans cette farandole macabre. Quelques notes guillerettes ne sont qu'un leurre pour l'esprit. Le retour de manivelle est toujours ce qui fait plus mal. Et là, ça nous frappe dans le ventre. Courbés, nous ne voyons pas les ombres derrière nous devenir plus menaçante. La vie nous sera fauché et nous nous en rendrons même pas compte. Nous ne sommes plus que des cadavres ambulants aux yeux des musiciens de toute façon. Des morts en sursis. Notre temps est fait, et la Mort porte un masque gris, pas rouge... Ne comptons jamais vous reposer lors des accalmies, ça devient en général pire. A ce titre, l'intro de Cicatrice nous provoquera des nausées irrépressibles. C'est l'horreur. c'est glauque. Nous avons presque l'envie de pleurer. Le groupe prend alors pitié et nous assenant un riff froid, polaire, en phase avec le Québec gelé...

Veux-tu Danser apparait ensuite comme une épreuve supplémentaire. Nous avons envie d'échapper à cette invitation sordide, après un glaviot qui pue la charogne. Les larmes viendrons, mais, toujours après les nôtres. S'il y a un Dieu, cela fait longtemps qu'il n'a plus aucune pitié pour nos âmes. Nous nous recroquevillons dans un coin, en proie aux affres de l'horreur. Les yeux fixes, nous fixons un point imaginaire. Est-ce ça la catatonie ? Merde, ça ne doit pas en être loin... Et le groupe - enfin, le duo - vient nous avouer sa Profonde Misanthropie d'un ton doucereux. On les croirait presque désolé de nous infliger un tel tourment, mais ces traîtres veulent juste nous affaiblir un peu plus avant de nous arracher les yeux sans un sourire. Parce que ce doit être dans l'ordre des choses. Pas de plaisir, juste une ignoble continuité à cette oeuvre.

Et nous pensons connaître enfin le salut. La rédemption tant attendue. La fin des douleurs, de ce vide de l'âme destructeur, dévastateur, qui nous fore, qui nous vampirise. La Dryade s'étend sur un son si clair, entre un piano d'une mélancolie infinie et un violon les sanglots sont déchirants. Gris ne pleure pas sur nous, oh non... Ils se moquent de nous en nous faisant croire à la paix, mais il ne peut y avoir de paix car tout est un éternel recommencement. Nos corps et nos coeurs meurtris se crispent et saignent devant ce désespoir absolu. Nous reste-t-il encore des larmes ? Non... Alors il ne nous reste plus qu'à pleurer du sang, les amis, pleurer du sang.

Rarement un groupe n'aura su faire ressortir la noirceur de l'âme, la mélancolie de façon aussi cruelle. Et le pire, c'est que cette oeuvre devient vite addictive. On se la passe en boucle, sans se rendre compte du mal que l'on se fait. L'écouter au casque est encore plus poignant, et, pourtant, on a envie de dire merci... Merci aux groupes. Merci à celui ou celle qui nous a conseillé pareil disque. Ce n'est pas un cadeau à faire à tout le monde. Si on y survit, c'est que tout n'est pas perdu. Ou que l'on est déjà mort...



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Il Etait Une Forêt - Infos

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Infos de Il Etait Une Forêt
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Sortie : 2007
Genre : Black Ambient
Label : Sepulchral Productions
Playlist :
1.  Il Était une Forêt... (9.36)
2.  Le Gala des Gens Heureux (10.28)
3.  Cicatrice (11.44)
4.  Veux-tu Danser? (9.28)
5.  Profonde Misanthropie (8.05)
6.  La Dryade (10.04)
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Gris

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Création : 2004
Genre : Black Metal
Origine : Canada




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